Le courant associationniste est né, au début du XIXe siècle, d’une analyse critique de la Révolution française. Les penseurs tels Saint-Simon, Fourier, Proudhon ou Leroux soulignaient l’absence d’égalité au sein de la République nouvelle, dénonçant par là même le libéralisme des jacobins. La Révolution n’a pas été à la hauteur des espoirs qu’elle a suscités. Elle a principalement été un mouvement agraire, avec le retour des paysans vers leurs terres, et a été marquée par la montée en puissance politique et industrielle de la bourgeoisie. Elle a aussi donné lieu à la loi Le Chapelier (1791) interdisant toutes corporations, de peur que les corps intermédiaires de l’Ancien Régime ne constituent une résistance. De ce fait, une sorte de face-à-face entre l’Etat et le citoyen s’est construit en France.
Les socialistes associationnistes, qualifiés d’utopistes par Friedrich Engels, proposent une vision différente de la société alliant collectif et individu. Les questions démocratiques et sociales sont intimement liées, non pas pour apporter une réponse philanthropique, mais pour proposer un ordre politique, social et moral différent. Pour les associationnistes, la liberté de l’individu ne passe pas par son isolement, mais par une coopération sociale. Cette solidarité démocratique, sociale et républicaine doit poser les fondations d’une société nouvelle bâtie sur les principes d’égalité et de solidarité.
La question démocratique se nouera en France à la question sociale, notamment après les révoltes ouvrières de 1830. Claude-Anthime Corbon, adepte de Philippe Buchez*, pose les contours de la République sociale en ces termes : « La démocratie dans l’ordre politique et la monarchie à peu près absolue dans l’atelier sont deux choses qui ne sauraient coexister longtemps. » Dans le même temps, Philippe Buchez défend la notion d’association de production. Les ouvriers sont égaux en droits et en devoirs. L’association, en faisant participer les travailleurs, apparaît comme le mode d’organisation sociale permettant d’allier la citoyenneté dans la République à la citoyenneté dans l’atelier.
La révolution de 1848, qui reconnaît officiellement le droit d’association, marque l’âge d’or de l’associationnisme. Les associations ouvrières sont des micro-républiques de travailleurs réunis autour d’un métier et se soutenant mutuellement. Mais l’utopie est vite détournée : les ateliers nationaux, loin des « ateliers sociaux » dont rêvait Louis Blanc*, servent surtout à résorber artificiellement le chômage. Le coup d’Etat de 1851 sanctionne finalement la parole ouvrière. Petit à petit, les initiatives reprennent, mais la coopération se substitue à l’association ouvrière. Au bout du compte, les auteurs associationnistes ont éclairé, au travers de leurs ouvrages, mais aussi à partir d’expériences coopératives, la construction de la notion d’Etat-providence et l’articulation entre l’Etat, le citoyen et la société civile.
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