L’économie sociale a été redécouverte en Belgique vers la fin des années 1980. C’est en Wallonie que l’intérêt pour celle-ci a d’abord été le plus marqué. Dès 1990, le Conseil wallon de l’économie sociale a forgé une définition qui est restée la référence majeure et qui a été reprise pratiquement telle quelle par un décret adopté par le Parlement Wallon en novembre 2008 : « Par économie sociale, on entend les activités économiques productrices de biens ou de services exercées par des sociétés, principalement coopératives et/ou à finalité sociale, des associations, des mutuelles ou des fondations, dont l’éthique se traduit par l’ensemble des principes suivants : finalité de service à la collectivité ou aux membres, plutôt que finalité de profit ; autonomie de gestion ; processus de décision démocratique ; primauté des personnes et du travail sur le capital dans la répartition des revenus. » Les trois grandes composantes de l’économie sociale belge (coopératives, mutuelles et associations), facilement identifiables comme en France, présentent quelques particularités propres à l’histoire et au contexte nationaux.
En ce qui concerne la première composante, les deux dernières décennies ont vu d’importantes coopératives « traditionnelles », notamment dans le secteur bancaire, l’assurance et le secteur laitier, s’intégrer dans des groupes multinationaux non coopératifs. La coopérative est parfois restée dans ceux-ci un actionnaire de poids, dont les dividendes sont en partie versés aux coopérateurs et en partie « socialisés » au service d’un mouvement social ou dans des projets d’intérêt général*. Par ailleurs, de nouvelles coopératives sont apparues et se développent dans le champ de l’insertion, dans la récupération et le recyclage, dans l’agriculture biologique et la mise en commun de matériels agricoles, dans la construction, les services informatiques, la finance éthique, les services aux personnes, etc. A noter aussi l’existence, depuis 1995, d’un statut de société à finalité sociale qui se superpose aux statuts classiques de sociétés commerciales (SA, SPRL, SC), mais qui est surtout choisi par des sociétés coopératives. La société coopérative à finalité sociale est la forme privilégiée des entreprises d’insertion qui se sont notamment multipliées en exploitant le dispositif « titre service » dans le champ des services ménagers.
Quant aux mutualités, elles sont en Belgique étroitement associées à la gestion de l’assurance maladie et servent d’interfaces entre la grande caisse publique et le citoyen. Si, dans cette fonction, elles apparaissent presque comme des organismes semi-publics, elles développent aussi des assurances complémentaires et des services sociaux très divers, notamment dans les soins à domicile.
Mais à côté des nouvelles émergences coopératives, c’est avant tout dans le secteur associatif que se manifestent les dynamiques actuelles de l’économie sociale : il se crée chaque année environ 4 000 associations sans but lucratif (ASBL), qui représentent souvent des initiatives citoyennes face aux défis d’aujourd’hui dans des domaines extrêmement variés : action sociale, santé, formation, culture, loisirs, protection de l’environnement, coopération au développement… Désormais mieux connu grâce à un « compte satellite* des associations » reconnu comme pionnier à l’échelle mondiale, le secteur associatif représente, outre une masse énorme de travail bénévole, 10 % à 14 % de l’emploi salarié en Belgique, selon qu’on inclut ou non les établissements scolaires du réseau libre (catholique). A signaler encore : un nombre croissant de fondations, reconnues par une loi très récente, joue un rôle de plus en plus important dans le soutien aux projets associatifs.
Cette présentation « classique » de l’économie sociale ne fait pas nécessairement l’unanimité. En Flandre, notamment, l’expression « sociale économie » est souvent employée pour désigner le seul segment formé par l’économie sociale d’insertion qui, hormis les « ateliers protégés » pour personnes handicapées, ne représente encore que quelques milliers d’emplois, malgré la variété des dispositifs. D’autres, au cours des dix dernières années, ont surtout insisté sur les activités d’économie sociale ayant un caractère marchand. Un outil financier public s’appelle d’ailleurs la Société wallonne d’économie sociale marchande. Cependant, devant les difficultés pratiques posées par ce genre de césure marchand/non-marchand, et en raison de sa stérilité pour l’économie sociale, des approches plus souples et plus ouvertes tendent aujourd’hui à s’imposer.
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