Les formes modernes de l’économie sociale procèdent pour la plupart d’institutions ou de pratiques nées d’une inspiration chrétienne, avant la révolution industrielle. La mutualité* a son origine dans les sociétés de secours mutuel* greffées sur les confréries religieuses, les associations gestionnaires d’établissements pour les malades et les vieillards dans les œuvres charitables gérées par l’Eglise catholique, et on n’explique pas la création de la Société des équitables pionniers de Rochdale* sans se référer au pullulement des sectes protestantes dans cette ville au XIXe siècle.
Cependant, le développement d’un mouvement social inspiré par l’enseignement des religions catholique ou protestante et inspirant la création d’institutions de l’économie sociale procède plus directement d’un double mouvement de théorisation et d’application pratique qui prend naissance ou s’affirme au XIXe siècle. Dès 1831, en France, Philippe Buchez*, dissident de l’école saint-simonienne et considéré comme l’inventeur de la démocratie chrétienne, décrit le modèle de la coopérative ouvrière de production, expérimenté en 1834 par les ouvriers catholiques de l’Association des bijoutiers en doré et affiné entre 1840 et 1850 par les ouvriers catholiques qui rédigent le journal L’Atelier. Ce modèle est repris en Allemagne, mais avec moins de succès, par Monseigneur von Ketteler, évêque de Mayence, et cité explicitement dans l’encyclique Mater et Magistra (Jean XXIII, en 1961).
En Allemagne, la création en 1864 des caisses de Crédit mutuel par Raiffeisen* est suscitée par la théorisation en 1848, par Victor Aimé Huber, d’un modèle chrétien de coopération communautaire. Il est repris en France, après la caution donnée au christianisme social par l’encyclique Rerum novarum (Léon XIII, 1891), par le chrétien Louis Durand dans son action en faveur du Crédit mutuel*. Parallèlement, Charles Gide* et Edouard de Boyve fondent en 1887 l’Association protestante pour l’étude pratique des questions sociales, qui est le versant religieux et ouvertement protestant inspirant l’école de Nîmes*, et notamment son engagement en faveur de la coopération de consommation*.
En Angleterre, les socialistes chrétiens sont à l’origine de la première loi coopérative et mutualiste (l’Industrial and Provident Societies Act, en 1852) et militent en faveur de la participation* des salariés dans les entreprises. Mais ils échouent, en 1896-1897, à faire accepter par l’ACI* comme s’imposant aux coopératives de consommation. Ce projet est cependant repris avec succès dans la coopérative de consommation du groupe coopératif basque Mondragón*, né en 1956 de l’enseignement du père José Maria Arizmendiarrieta.
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