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Coopérative

Définition
par Denis Clerc
Source : Hors-série n°38 bis d'Alternatives Économiques : L'économie sociale de A à Z
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Les 40 ouvriers – dont 28 tisserands – qui fondèrent, en 1844, dans une bourgade située aux portes de Manchester, la Société des équitables pionniers de Rochdale* ignoraient sans doute qu’ils entraient du même coup dans l’histoire. Ce n’était pourtant pas la première des coopératives : dans le Jura, les « fruitières » qui transforment en fromage de comté le lait livré par leurs adhérents datent du milieu du XIIIe siècle ; les ateliers des moulins textiles de New Lanark, près de Glasgow, furent repris dans un esprit coopératif par Robert Owen* en 1800 ; l’Association des bijoutiers en doré, à laquelle est associé le nom de Philippe Buchez*, date de 1834. Si les pionniers de Rochdale ne sont pas les inventeurs de la coopération, ils en formulèrent les principes dont, aujourd’hui encore, tous les coopérateurs* s’inspirent : la règle d’égalité (« une personne, une voix »*), la règle de liberté (chacun peut adhérer ou s’en aller, ou principe de la « porte ouverte »), la règle de justice (la répartition des bénéfices se fait au prorata des activités de chaque membre), la règle d’équité (la rémunération des apports* en argent est limitée).


Parti de la coopérative de consommation*, comme à Rochdale où il s’agissait de mettre fin aux prix usuraires pratiqués par les commerçants du lieu, et de la coopérative de production*, comme à New Lanark ou chez les bijoutiers en doré, le mouvement coopératif* fit ensuite tache d’huile dans bien d’autres domaines : la banque et le crédit mutuel, avec Hermann Schulze-Delitzsch* en Prusse (1850) et Friedrich Wilhelm Raiffeisen* en Rhénanie (1860), l’agriculture, avec la laiterie de Chaillé (1888), puis l’habitat, le transport, l’artisanat, la pêche… Mais, dans tous les cas, les principes sont les mêmes : associer des personnes volontaires sur une base égalitaire en vue d’effectuer une activité de nature économique au plus juste prix et en limitant la rémunération du capital, les résultats éventuels étant partagés en fonction de l’activité que chacun des membres a eue avec la coopérative au cours de l’exercice, et donc de sa contribution à la réalisation du résultat.


Chaque associé devient coopérateur en acquérant des parts sociales*, dont le montant est fixé suffisamment bas pour ne pas être un obstacle à l’adhésion. Le nombre de parts à acquérir est proportionnel à l’activité exercée par chaque membre (livraison de produits agricoles, montant des prêts obtenus, salaire perçu…). Lorsque le coopérateur se retire, sa mise de fonds lui est remboursée à la valeur d’origine (moins l’imputation de la quote-part des pertes éventuelles). La rémunération du capital étant limitée, la part des bénéfices distribués aux coopérateurs (la ristourne* dans le cas des coopératives de consommation, la part travail dans le cas des coopératives de production, etc.) est indépendante du capital apporté et seulement fonction de l’activité de chaque coopérateur. La majorité des bénéfices doit être mise en réserve, de sorte que le fruit du travail des uns garantisse le travail de ceux qui suivront. La solidarité* n’est pas seulement horizontale, entre coopérateurs, elle est aussi verticale, entre générations de coopérateurs.


Le principe de l’égalité entre les membres quel que soit le nombre de parts possédées traduit le fait que seuls les hommes comptent, pas les capitaux qu’ils ont pu apporter. Les coopératives sont des groupements de personnes*, même si leur statut est calqué sur celui des sociétés de capitaux. Et si, dans la réalité, les coopérateurs ne participent pas tous à la vie de la coopérative, les coopératives demeurent des entreprises potentiellement démocratiques, en ce sens que nul membre ne peut y peser d’un poids supérieur à celui des autres. Ce qui ne va pas sans poser des problèmes : en cas de difficulté financière, nul « chevalier blanc » n’entrera au capital pour renforcer les fonds propres* de la coopérative. Certes, des associés* non coopérateurs peuvent détenir jusqu’à 35 % du capital, mais, en vertu du principe « une personne, une voix », ils ne pourraient peser plus que n’importe quel coopérateur, même nettement moins bien loti. Au fil du temps, la loi a aménagé ce principe, notamment en permettant à des organismes financiers de souscrire des certificats coopératifs d’investissement*, sorte d’actions sans droit de vote. Mais, à ces exceptions près, la coopérative ne peut compter que sur ses propres forces. Cela la contraint à une bonne gestion, et explique sans doute que la longévité des coopératives soit plus grande en moyenne que celle des entreprises classiques des mêmes domaines d’activité.


La médaille peut cependant avoir son revers. Par exemple, attachées au versement de ristournes* et au contact avec leurs sociétaires*, les coopératives de consommation ont tardé à fermer leurs magasins de proximité les moins rentables et n’ont pas pu (ou pas voulu) financer le développement de grandes surfaces à enseigne coopérative. Dans d’autres cas, l’abstentionnisme réduit à peu de chose la démocratie* égalitariste des coopératives. Avec la croissance de leur activité, certaines coopératives ont vu progressivement se creuser un fossé avec leurs sociétaires* « de base ». Mais tous ces défauts, voire ces failles, ne doivent pas masquer le fait que les coopératives, parce qu’elles se fondent sur la solidarité entre leurs membres, sont des entreprises dans l’ensemble plus respectueuses des personnes, moins soucieuses du profit que de l’usage qui en est fait. Et, de ce point de vue, si elles ne constituent pas une économie alternative* à l’économie de marché, elles concourent à rendre cette dernière moins inégalitaire et plus solidaire.