Il ne faut pas confondre les coopératives de consommation, où les coopérateurs* sont les clients, avec les coopératives de commerçants*, où les coopérateurs sont les propriétaires des magasins qui se regroupent pour se doter d’une enseigne et d’une centrale d’achat communes. La coopération de consommation est née au début du XIXe siècle au Royaume-Uni, et s’est développée en France à partir de 1835, en premier lieu à Lyon, sous l’impulsion d’un disciple de Charles Fourier*, Michel-Marie Derrion. Mais l’expérience qui a donné ses règles à la coopération de consommation est celle de la Société des équitables pionniers de Rochdale*, créée en 1844. L’essor des coopératives de consommation en France, comme sur le plan international, est largement dû aux efforts de Charles Gide*. Il s’agit d’abord de protéger le faible contre le fort, en luttant contre la vie chère, le crédit usuraire dont sont victimes les clients les plus pauvres et les tromperies sur les marchandises qui sont fréquentes à la fin du XIXe siècle. Il s’agit, ensuite, de concrétiser le programme d’émancipation dont le mouvement coopératif* est potentiellement porteur : dans les coopératives de consommation, écoles de démocratie*, les sociétaires* apprennent les rudiments de la décision collective, conquièrent du pouvoir et peuvent affecter leurs bénéfices à des usages utiles à l’ensemble du groupe social.
Le mouvement se développe de façon considérable jusque dans les années 1960. Les Coop constituent alors en France le plus puissant réseau de distribution alimentaire. Regroupant essentiellement des magasins de proximité, les Coop vendent au même prix que les magasins succursalistes classiques, mais redistribuent ensuite à leurs coopérateurs, sous forme de ristournes*, l’essentiel de leurs bénéfices, selon les principes de l’école de Nîmes*.
L’essor de la grande distribution, et spécifiquement la « révolution de l’hypermarché », à même d’offrir des prix plus bas grâce à la vente de masse et au libre-service, a bouleversé la donne. A l’instar d’autres chaînes succursalistes, les Coop ne parviennent pas à négocier cette révolution structurelle. Alors qu’il aurait fallu investir massivement, fermer une partie des magasins de proximité, les coopérateurs, et avec eux les structures du mouvement, vont maintenir la ristourne et les magasins existants, alors même que fondent les bénéfices et que se réduit le nombre de clients. Incapable de profiter de la dynamique qui fera le succès des grandes coopératives de commerçants* (E. Leclerc, Système U…), le mouvement prend trop tard le tournant vers l’hypermarché, alors que la situation des sociétés coopératives s’est fortement dégradée, et que les parts de marché ont déjà été redistribuées. Cela conduit de nombreuses sociétés coopératives au dépôt de bilan, et contraint les plus résistantes, en fin de compte, à s’adosser à des centrales d’achat de groupes capitalistes, seule solution pour pouvoir s’approvisionner à des prix concurrentiels.
Coopérative de consommation
Biocoop
Avec 308 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2007, soit 10 % du marché des produits biologiques, Biocoop est le plus important distributeur alimentaire bio en France. Son histoire remonte aux années 1970, lorsque des consommateurs engagés ont créé des coopératives de consommateurs* afin de s’approvisionner en produits biologiques locaux. Aujourd’hui, les 300 magasins du réseau emploient 1 800 salariés et possèdent la majorité du capital de la société anonyme (SA) coopérative Biocoop, créée en 2002 pour prendre le relais de l’association fondée en 1987. Les producteurs et les consommateurs en sont également sociétaires*. La SA coopérative fonctionne sur le modèle « un magasin, une voix ». Elle gère les trois plates-formes d’approvisionnement et possède la filiale Biocoop développement, chargée de l’ouverture des nouveaux magasins, de la communication… La centrale d’achat référence 7 000 produits et privilégie les agriculteurs organisés en coopérative. Au niveau local, 95 magasins, soit 31 % du total, sont des structures de l’économie sociale. Enfin, le réseau Biocoop a lancé en 2002 un Codevi solidaire avec le Crédit coopératif*. Entre 50 % et 75 % des intérêts sont reversés par l’épargnant pour le développement des filières bio et de commerce équitable*.
Contact : www.biocoop.fr
La Camif
En 1947, dans le contexte de pénurie de l’après-guerre, des enseignants, parmi lesquels Edmond Proust, fondateur de la Maif*, montent une coopérative de consommateurs. En achetant les produits en gros, ils obtiennent de meilleurs prix ; et avec les bénéfices, ils viennent en aide aux sociétaires en difficulté. En 1949, la Camif prend la forme d’une société anonyme coopérative à capital variable, dont les services sont réservés aux membres de l’Education nationale, sociétaires de la Maif. Progressivement, la Camif s’est ouverte à tous pour compter jusqu’à 1,25 million de sociétaires ayant acquis une part sociale de 30 euros et proposer à la vente par correspondance plus de 100 000 références aux particuliers, aux écoles, aux associations… En 2004, elle employait près de 2 000 personnes, pour un chiffre d’affaires de près de 700 millions d’euros.
Mais le 27 octobre 2008, Camif Particuliers était mise en liquidation judiciaire alors que Camif SA était pour sa part mise en redressement judiciaire pour six mois avec poursuite de l’activité. Comme son nom ne l’indique pas, Camif SA est la coopérative mère. Elle continue son activité dans les secteurs qu’elle gère directement (vente aux collectivités, aménagement d’habitat, voyage et vin-alimentation) avec environ 200 salariés. Concernant Camif Particuliers, plus de 780 emplois sont supprimés. L’impact humain est d’autant plus important que la liquidation apparaît comme la conclusion annoncée d’une longue crise économique au cours de laquelle le capital de la Camif s’est à plusieurs reprises ouvert à d’autres acteurs de l’économie sociale proches de l’Education nationale (la Casden et la Mutuelle générale de l’Education nationale), puis au groupe 3 Suisses international, qui a pris une participation minoritaire dans la filiale Camif Particuliers en février 2005. En 2007, Camif Particuliers avait été reprise par un fonds d’investissement, Osiris Partners. La maison mère Camif ne détenait dès lors plus que 34 % du capital.
On sait le secteur d’activités en crise. La liquidation de Camif Particuliers intervient alors que son concurrent le plus direct, La Redoute, rencontre des difficultés et licencie. Il est certes trop tôt pour évaluer le poids respectif des raisons expliquant la disparition de Camif Particuliers, mais au-delà de l’émoi suscité par les pertes d’emplois des salariés et le fort attachement des sociétaires, cette liquidation a provoqué l’indignation. Il faudra étudier, expliquer et comprendre le plus tôt possible et sans faux-fuyant ce qui s’est passé et en tirer les leçons.
Jean-François Draperi, Recma
Contact : Trévins de Chauray, 79045 Niort Cedex 09, tél. : 08 92 69 69 92, site : www.camif.coop
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