L’expression « école de Saint-Claude » a été développée par Charles Gide* dans le mouvement coopératif à partir de 1902. Elle désigne les différences entre les principes régissant le fonctionnement de la coopérative de Saint-Claude, La Fraternelle, et ceux de l’école de Nîmes*.
Tout d’abord, la totalité des « bonis » résultant de l’activité de La Fraternelle, c’est-à-dire les surplus dégagés une fois le travail rémunéré, reste aux mains de l’entreprise afin d’augmenter le fonds social, aucune répartition individuelle ne venant en diminuer la masse. Ensuite, à la différence de la plupart des coopératives françaises, La Fraternelle peut vendre à des clients non sociétaires. Ses statuts prévoient aussi qu’en cas de dissolution, l’actif sera versé à un groupement aux objectifs proches des siens ou à la municipalité pour servir de base à une œuvre sociale ; toute tentative d’accaparement individuel de l’actif sera ainsi évitée. Autre différence, La Fraternelle s’engage dans la production tout en soutenant la Verrerie ouvrière d’Albi*. Enfin, elle s’implique sur le plan politique par le biais de son secrétaire, Henri Ponard, qui participe aux combats politiques en tant que responsable de la Fédération socialiste du Jura.
Cet « exemple unique de coopération » en France, selon Ernest Poisson, qui fut secrétaire de la Fédération nationale des coopératives de consommation*, est influencé par le socialisme belge. Mais il restera limité sur le plan régional autour des centres industriels de Morez, Saint-Claude et Oyonnax. Le modèle fonctionnera jusqu’aux années 1970, avant que la crise subie par plusieurs entreprises (pipe, diamant), ainsi que la concurrence des grandes surfaces n’y mettent définitivement fin en 1985. Seul témoignage, la Maison du peuple de Saint-Claude offre de très riches archives sur cette expérience originale.
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