L’économie alternative est à la fois distincte de l’économie sociale et de l’économie solidaire*. Elle partage l’utopie alternative de l’économie sociale mais refuse l’institutionnalisation, elle partage la démarche de projet de l’économie solidaire mais offre une résistance à la reconnaissance et au soutien de l’Etat et du marché. L’économie alternative s’inscrit en effet dans une tradition de projet alternatif et de rejet institutionnel*. Elle trouve son ancrage contemporain dans la démarche des communautés de travail* et des communautés néorurales du début des années 1970.
Les travaux sur les communautés ont pu mettre en évidence un ensemble de caractères opposables termes à termes aux normes de la société dominante. L’opposition aux normes est plus forte si le travail de subsistance s’effectue à l’intérieur de l’aire communautaire, si l’argent est réduit et mis en commun, si la communauté refuse toute hiérarchie autoritaire, si la sexualité est collective, si les enfants sont éduqués par tous. Les communautés recensées ne respectent pas toutes l’ensemble de ces règles, mais c’est vers cet ensemble qu’elles tendent toutes.
Si les communautés postérieures au mouvement de mai 1968 étaient sans doute, dans leur grande majorité, trop radicalement alternatives pour durer, elles ont trouvé leur prolongement dans une économie alternative qui se réfère à l’utopie créatrice et revendique la possibilité d’une « autre voie » de développement fondée sur « l’autogestion*, la solidarité* et l’autonomie », selon les termes de Philippe Outrequin, Anne Potier et Patrice Sauvage [1]. Fédérée au sein de l’Agence de liaison pour le développement d’une économie alternative (Aldéa), l’économie alternative a ouvert la voie en matière d’épargne solidaire* avec les clubs d’investisseurs pour une gestion alternative et locale de l’épargne solidaire (Cigales*). Préfigurant des formes d’organisations nouvelles, elle unifie le mouvement d’échanges réciproques de savoir, puis le mouvement des systèmes d’échange locaux (SEL*). Un des pôles majeurs actuels de l’économie alternative française est constitué par le Réseau d’échanges et de pratiques alternatives et solidaires (Repas*). Sur le plan des innovations socio-économiques, on affirme volontiers que l’économie sociale est fréquemment l’aiguillon de l’Etat et du marché. On peut également dire que l’économie alternative est fréquemment un aiguillon de l’économie sociale.
[1] Dans Les entreprises alternatives, éd. Syros, 1986.
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