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Economie sociale dans le monde

Définition
par Jean-François Draperi, Recma
Source : Hors-série n°38 bis d'Alternatives Économiques : L'économie sociale de A à Z
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Née en Europe au XIXe siècle, l’économie sociale s’est étendue à l’ensemble du monde au XXe siècle, essentiellement au lendemain des décolonisations. L’économie sociale mondiale réunit des groupements de personnes* ayant pour finalité les services à leurs membres ou à la collectivité, fonctionnant sur la base de principes démocratiques, s’appuyant sur une autonomie de gestion et respectant la primauté de l’usage et du travail sur le capital dans la répartition des revenus et de l’excédent. Cette définition permet d’unifier des mouvements d’origines diverses : développement communautaire québécois, éducation populaire et associations villageoises africaines, économie solidaire latino-américaine, coopératives agricoles indiennes, etc. renvoient à l’idée que le développement est, pour dire vite, l’affaire de tous et de chacun.


Dès lors, le débat central est celui qui oppose la conception anglo-saxonne du non profit sector à l’économie sociale. La seconde se présente comme une alternative à l’économie dominante, alors que la première complète et régule cette économie en se limitant aux activités non lucratives. L’économie sociale s’appuie essentiellement sur les coopératives, qui sont indépendantes et ont une vocation économique, alors que le non profit sector s’appuie sur les associations et les fondations*, qui sont dépendantes et ont une vocation de soutien social ou culturel.


Les défis essentiels que l’économie sociale mondiale doit relever sont notamment liés à l’essor de l’épargne et du crédit dans les pays du Sud au service du développement agricole et artisanal, à l’émergence d’un mouvement mutualiste au Sud en réponse aux difficultés d’accès à la santé et à la prévoyance, au développement du commerce équitable* dans les échanges Nord-Sud et à la création d’emplois et d’activités dans les pays occidentaux. La constitution d’un mouvement unifié se heurte au risque de disjonction entre une conception restreinte de l'économie sociale, à caractère institutionnel, en provenance des mouvements du Nord, et un secteur informel, éclatéçà l'extrême et dominant au Sud. ces deyx ensembles sont cependant confrontés à un même mouvement de normalisation internationale et de programme d'ajustement structurel.

 

L’économie populaire en Afrique

Le concept d’économie sociale est peu présent en Afrique… Et pourtant ! Les sociétés africaines sont structurées sur la base de l’entraide communautaire. L’économie revêt souvent le visage d’une relation informelle d’échanges qui donne lieu à une négociation et à la production d’un bien ou d’un service. Bien sûr, il est difficile de parler de l’Afrique comme d’un bloc, il s’agit d’un continent dont la diversité des situations nationales doit être prise en considération. Mais il existe une notion, celle d’économie populaire, qui permet de conceptualiser les ­échanges économiques en Afrique subsaharienne. Pour les analyser, l’instabilité des régimes politiques et leur démocratisation progressive et inégale doivent également être pris en compte, car l’économie sociale est aussi un lieu d’apprentissage de la citoyenneté active.
Dans le cadre de cette économie populaire, il existe tout d’abord de nombreuses structures associatives. Celles-ci se développent aujourd’hui dans leur activité de plaidoyer, mais aussi dans la gestion de missions d’intérêt général*, en tant qu’entreprises de l’économie sociale. Au Niger, par exemple, il existe des comités de gestion d’équipements collectifs comme des centres d’écoute de jeunes composés par des habitants d’un village. Il en va de même pour la gestion des puits : l’Etat les construit et en confie la gestion à des comités d’habitants. Les associations sont aussi des lieux d’apprentissage de la démocratie*.
Les coopératives sont aussi très présentes, et on peut regretter que les politiques de coopération internationale aient adopté une démarche de soutien aux filières en oubliant ces outils entrepreneuriaux. Souvent encouragées par l’Etat, celles-ci permettent la structuration de l’économie en milieu agricole. Une étude réalisée par des chercheurs en 2006 montre ainsi qu’environ 7 % des Africains appartiennent à au moins une coopérative. La mutualité, quant à elle, a investi le domaine bancaire et, plus récemment, celui de la santé.
Pour autant, le développement des structures de l’économie sociale est complexe, notamment parce que le poids des Etats, qui sont leurs soutiens naturels, est peu important face aux lobbies économiques internationaux et aux plans d’ajustement structurel de la Banque mondiale. Or l’économie sociale est un réel levier de développement au Sud. Elle permet de formaliser des démarches économiques et, par conséquent, de donner un statut et des droits à ceux qui s’y investissent. Par nature, les structures de l’économie sociale sont ancrées sur leur territoire, permettant un développement au bénéfice des habitants et des villages, participant ainsi à limiter les exodes et migrations vers les bidonvilles des mégalopoles des populations à la recherche d’un eldorado imaginaire. Enfin, le contrôle citoyen peut être aussi un réel outil de lutte contre la corruption.
Enfin, il existe déjà un réseau réunissant ces acteurs, qui se sont rencontrés en 2005 au Mali. La déclaration continentale alors élaborée s’articule autour de cinq axes : l’économie sociale et solidaire comme outil d’intégration de l’Afrique dans le monde ; l’Etat doit être social ; la souveraineté et la sécurité alimentaire comme des droits à préserver ; l’ancrage culturel de l’économie sociale et solidaire ; le travail des femmes comme création de richesses. L’économie sociale peut apparaître comme un réel vecteur de lutte contre la pauvreté et de développement économique et social pour ces pays. Elle doit prendre toute sa place dans le cadre des Objectifs du millénaire pour le développement définis par les Nations unies en 2000 afin de lutter contre la pauvreté.

Corinne Bord, Fédération Léo Lagrange