Site ressource sur l'Économie Sociale et Solidaire

Economie solidaire

Définition
par Jean-François Draperi, Recma
Source : Hors-série n°38 bis d'Alternatives Économiques : L'économie sociale de A à Z
1478 lectures


Le terme d’économie solidaire renvoie à deux définitions distinctes. En premier lieu, dans de nombreux pays, et en particulier ceux d’Amérique latine, l’économie solidaire a le même sens que l’économie sociale* française. Paul Singer, secrétaire d’Etat à l’Economie solidaire du Brésil, définit ainsi l’économie solidaire brésilienne et internationale en référence aux approches européennes de l’économie sociale : Charles Gide* pour la France, William King pour le Royaume-Uni, Friedrich Wilhelm Raiffeisen* pour l’Allemagne et l’expérience de Mondragón* pour l’Espagne. En Amérique latine, l’économie solidaire inclut les associations villageoises de même que le commerce équitable*, qui est pour l’essentiel organisé à partir de coopératives agricoles. Cette approche qui identifie assez précisément l’économie solidaire à l’économie sociale au sens large peut être nommée « approche politique de l’économie solidaire » dans la mesure où elle est largement partagée par les représentants politiques de l’économie solidaire dans le monde. Cette définition connaît également un écho dans les universités latino-américaines et dans des universités européennes (en Allemagne, par exemple).
Un second sens a été proposé en France au cours des années 1980 à partir de la définition du tiers secteur* construite par Jacques Delors à la fin des années 1970, alors qu’il dirigeait le Centre de recherche travail et société de l’université de Paris-Dauphine. Dans un contexte marqué par la crise économique et le chômage, l’économie solidaire désigne originellement les expériences de solidarité menées auprès des populations en situation d’exclusion : régies de quartier*, associations intermédiaires*, soit les acteurs de l’insertion par l’activité économique*. Au cours des années 1990, cette conception s’est élargie à un ensemble diversifié de pratiques économiques qui ont pour but commun de renforcer le lien social, spécialement dans le secteur des services à la personne* ou le crédit solidaire.


Cette approche socio-économique développée en France par Bernard Eme et Jean-Louis Laville reprend la théorie de l’Allemand Adalbert Evers, connue sous le nom de « welfare triangle » et qui propose de mettre en relation les trois pôles en fonction desquels s’organisent les activités économiques : le marché (market), la redistribution (State) et la réciprocité (private households), définis antérieurement par l’économiste Karl Polanyi. L’économie solidaire est l’« intermediate area » d’Evers, qui se caractérise par l’hybridation des ressources des trois pôles. En 2004, Bernard Eme a précisé que l’hybridation des ressources pouvait générer une dépendance, en particulier vis-à-vis de l’Etat, et une possibilité d’instrumentalisation de sa part.

Cette définition se distingue de la précédente en ce qu’elle s’appuie non sur les statuts juridiques, mais sur l’origine des ressources et sur la production de lien social. Elle peut donc tout à la fois intégrer dans son champ des entreprises de statuts divers et exclure des entreprises d’économie sociale. Sa mesure est, par définition, complexe. En 2007, 300 000 personnes physiques et morales ont choisi d’investir leur épargne dans la finance solidaire*. Le montant total ainsi placé, qui atteint 1,7 milliard d’euros, est en grande partie investi dans l’insertion par l’activité économique. Selon le ministère du Travail, il y avait, en 2006, 868 entreprises d’insertion* et 828 associations intermédiaires*. Si le secteur de l’insertion, très structuré, permet de citer ces quelques chiffres, c’est sans compter toutes les associations qui interviennent dans le domaine des services à la personne, dont certaines se réfèrent à l’économie solidaire.


Cette seconde approche, plus strictement française, peut être nommée « approche universitaire de l’économie solidaire » dans la mesure où elle émane de travaux universitaires et qu’elle trouve l’écho le plus large au sein des universités. Elle se reconnaît dans le Mouvement pour l’économie solidaire (MES) créé en 2002 (qui a remplacé l’Inter-réseau de l’économie solidaire créé quant à lui en 1997). En France, elle est relayée par des collectivités locales et territoriales réunies au sein du Réseau des territoires pour l’économie solidaire (RTES).


Mal identifiée, cette dualité des définitions de l’économie solidaire n’est pas sans avoir un impact au niveau des pratiques : dans certains lieux et réseaux, l’économie solidaire inspirée par la définition universitaire tient à affirmer sa différence d’avec l’économie sociale. Cependant, dans de nombreux secteurs d’activité et territoires, on n’observe pas d’opposition de principe entre l’économie sociale et l’économie solidaire. Il existe au contraire une volonté partagée d’aboutir à une conception commune, qui s’exprime à travers l’expression d’« économie sociale et solidaire ». Bien que restant encore à définir précisément, le terme d’économie sociale et solidaire est retenu aussi bien par de grandes entreprises de l’économie sociale (comme le Crédit coopératif) que par plusieurs chambres régionales de l’économie sociale… et solidaire (Cress*).