L'ESS, ce n'est pas que du bénévolat !
Placer l'utilité sociale au cœur d'un projet économique serait-il plus efficace que la loi du marché en terme d'emploi ? C'est ce que tend à prouver les chiffres de la création d'emploi dans les associations.
Avec 255.000 emplois supplémentaire créés entre 2000 et 2007, soit 18 % d'augmentation, le secteur associatif fait mieux que le secteur privé lucratif : le nombre d'associations employeurs a progressé de 1,8% entre 2006 et 2007 contre 0,8% pour les seules entreprises.
Par ailleurs, les associations se sont régulièrement renforcées : le nombre moyen de salariés par associations est passé de 8,9 en 2000 à 9,8 en 2004, pour se maintenir ensuite à ce niveau. La mise en place d'un dispositif national de chèque emploi associatif et le lancement d'initiatives régionales sous la forme d'emplois tremplins à la suite des emplois-jeunes expliquent en partie l'évolution positive enregistrée depuis trois ans. Reste que les projets associatifs s'avèrent plus solides et pérenne que les entreprises de taille équivalentes.
L'ESS, ce n'est pas que des emplois aidés !
330 000 emplois aidés dans le secteur non-marchand en 2009, la mesure était annoncée fin 2008 aux premiers signes annonciateurs de la crise économique. Voilà de quoi conforter l'idée d'un secteur tenu à bout de bras par les contrats d'accompagnement dans l'emploi (CEA) ou les contrats d'avenir. Accordés majoritairement aux collectivités territoriales et à l'Éducation nationale, la part des emplois aidés reste pourtant toute relative dans le secteur ESS au regard de ses plus de 2 millions d'emplois. Elle est de plus bien en-deçà des besoins en ressources et compétences d'un secteur confronté à la hausse des besoins sociaux et à ses missions d'intérêt général. Si les mesures ponctuelles de traitement social du chômage peuvent représenter à travers les emplois aidés une opportunité pour la création d'un poste en association, cela est très loin d'être une pratique dans les secteurs mutualistes et coopératifs, au contraire de nombre d'entreprises privées qui, on l'oublie souvent, savent également profiter des mesures publiques pour l'emploi.
L'ESS, ce n'est pas que des petites entreprises !
Terrain de l'expérimentation et de l'innovation sociale, l'ESS se développe souvent avec pour devise « small is beautifull *». Attachées à un territoire, une population locale, ou un public particulier (handicapés, exclus, personnes dépendantes, etc.), ces initiatives peuvent manquer parfois d'ampleur. Mais cette caractéristique est surtout vraie en phase d'émergence. Ces projets peuvent se transformer en véritables groupes économiques lorsqu'ils se fédèrent et s'organisent, ou tout simplement lorsque l'innovation qu'ils portaient s'est imposée.
Ainsi le groupe Chèque Déjeuner (1250 salariés), sous statut coopératif, a su tirer parti du développement du chèque-restaurant. Dans le domaine de l'assurance, les mutuelles ont constitué de véritables entités employant des milliers de salariés. La MGEN, la MAIF, la MACIF, la Matmut, en sont des exemples reconnus. Enfin, dans le secteur bancaire, le Crédit coopératif ou le Crédit mutuel figurent parmi les opérateurs importants. Sans être de véritables multinationales, ces structures de taille imposante peuvent alors proposer des opportunités de carrières diversifiées.
Elire son chef tous les ans, c'est possible !
40 000 salariés connaissent ce privilège en France en tant que coopérateur d'une Société coopérative ouvrière de production ou scop. Depuis 200 ans, le statut de coopérative fait des employés, les actionnaires majoritaires, et ainsi les décisionnaires pour ce qui concerne leur outil de travail. Les scop n'ont en effet pas attendu la vogue de l'épargne salariale pour associer ses salariés à la gestion de l'entreprise.
Plaçant l'humain au cœur du projet économique, la coopérative s'attache à faire vivre les principes de démocratie (une personne, une voix) dans son fonctionnement en associant les salariés économiquement. Après une période de salariat classique, les nouveaux venus deviennent associés avec l'acquisition de parts de capital, par exemple, par un prélèvement mensuel sur le salaire. Ils deviennent ainsi propriétaires collectivement et gagnent voix au chapitre lors de l'assemblée générale annuelle. Ils peuvent se prononcer sur les choix stratégiques de l'entreprise et procéder à l'élection du gérant. Ils décideront également de l'affectation des résultats dont une part revient aux coopérateurs sous forme de participation.
Au nombre de 250 en Rhône-Alpes et 1830 sur l'ensemble du territoire, la coopérative est une forme de management qui connaît un fort regain d'intérêt, répondant sans doute à une volonté actuelle de s'impliquer et de travailler autrement.
Saviez vous aussi que 66 % des salariés de l'ESS en Rhône-Alpes sont des femmes *
La santé, le social, l'éducation, les services à la personne sont autant de secteur et de métiers traditionnellement féminins et qui sont fortement présents dans le secteur de l'économie sociale et solidaire. Le taux de salariées femmes en Rhône-Alpes contraste avant tout avec les 44 % du salariat féminin dans les autres secteurs économique. Cette différence est probablement due au recours plus fréquent au contrat à temps partiel dans l'ESS qui permet à un grand nombre de femmes de concilier emploi et vie de famille.
Au-delà des considérations pratiques, pourrait-on voir là les marques d'une approche spécifiquement féminine du monde du travail ? La question se pose d'autant mieux au regard de la prédominance des entrepreneurs femmes qui optent majoritairement pour un accompagnement à la création de leur emploi dans le cadre d'une coopérative d'activité et d'emploi plutôt qu'une société de portage.
(*Chiffres Insee 2000, 2006)
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l'emploi non délocalisé
J'ajouterais bien une autre dimension
la relation au territoire
l'ancrage territorial me semble une donnée importante. en effet les emplois de l'ESS doivent être moins délocalisés que d'autres du fait de ses principes de fonctionnement démocratique. c'est un atout énorme losqu'on constate les pratiques de grands groupes qui délocalisent selon leur bon vouloir et leur intérêt économique et financier.
MB