L’économie sociale a toujours eut une visée éducative, à la fois pour diffuser son propre modèle et pour participer à la construction d’une citoyenneté politique et économique. De ce fait, l’accès au savoir a été conçu comme fortement ancré dans la pratique : clubs et bibliothèques ouvriers proches des associations ouvrières de production et de consommation au XIXe siècle ; universités populaires animées en partie par des syndicalistes à la fin du XIXe ; éducation populaire promue par des associations dans le cadre des temps de loisir dégagés par la réduction du temps de travail à partir de 1936… Parallèlement, la formation interne servait de support à la promotion à la fois technique et politique (accès aux responsabilités d’administration et de gestion).
C’est au sein de l’économie sociale que s’est développée la mobilisation pour un enseignement public, gratuit et obligatoire qui a conduit aux lois Ferry, comme la revendication d’une formation permanente « tout au long de la vie » a débouché sur la loi de 1971. Mais cette autonomisation de l’enseignement l’a éloigné de l’économie sociale, malgré les efforts du mouvement coopératif pour promouvoir la coopération dans et par l’école (création de l’Office central de coopération à l’école*) ainsi que l’enseignement à la coopération dans les facultés de droit et d’économie (à la suite de la création de la chaire de la Coopération au Collège de France attribuée à Charles Gide* en 1921).
Ces enseignements de la coopération ont pratiquement tous disparu à la fin des années 1970, hormis dans les écoles d’agriculture. Parallèlement, les grandes entreprises d’économie sociale développaient leur recrutement extérieur de cadres et de techniciens sur la base de formations spécialisées.
Aujourd’hui, le renouveau de l’enseignement initial de l’économie sociale (et solidaire) émerge principalement de l’enseignement supérieur. Une quinzaine de masters professionnels sont habilités dans des universités de province, au sein d’unités de formation et de recherche de différentes sciences sociales : droit, économie, science politique, administration et, plus rarement, sociologie. Construits sur une discipline de base, leurs enseignements sont largement pluridisciplinaires et associent étroitement les organisations régionales de l’économie sociale dans des comités de pilotage. De même, une quinzaine de licences professionnelles assurent une formation de niveau II dans les domaines de la gestion, du management, de l’administration et de la communication dans les organisations de l’économie sociale. Ces formations sont en grande partie réunies dans un réseau interuniversitaire (le RIUESS*) qui organise un colloque annuel et s’ouvre à d’autres universités européennes.
La plupart de ces formations, généralistes, accueillent également des professionnels en activité, en utilisant éventuellement les systèmes de validation des acquis professionnels (VAP) ou de l’expérience (VAE). Mais ils sont plus nombreux dans des formations principalement conçues à leur intention en partenariat avec des organisations : ainsi, le Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) propose des formations sur les organismes à vocation sociale et culturelle, sur les coopératives d’activités et d’emploi*…, la Sorbonne a créé un diplôme conjoint avec la Mutualité française*…
Dans les années 2000, les écoles de commerce se sont à leur tour engagées dans la formation à « l’entrepreneuriat social » (Essec*) ou à « l’alter management » (HEC)… par la création de chaires et de modules spécialisés en fin d’études, dans le souci de répondre aux attentes « éthiques » d’une partie des étudiants et de faire circuler les outils de gestion et de management entre les entreprises lucratives et celles de l’économie sociale. Ces dernières cherchent en effet à se professionnaliser tout en gardant leurs valeurs, alors que, plus généralement, les entreprises manquent de cadre de référence alliant performance économique et performance sociale.
Un enjeu actuel est l’intégration de la connaissance et de la compréhension de l’économie sociale et solidaire dans la réforme des programmes du lycée. En effet, dans la filière sciences économiques et sociales, l’approche des spécificités de l’économie sociale relève exclusivement d’initiatives personnelles de la part d’enseignants sensibilisés à la question, alors que le Medef propose systématiquement aux enseignants des stages et des modules d’initiation à l’entreprise individuelle et actionnariale.
Le groupe de travail « Comment favoriser et diffuser l’enseignement de l’économie sociale et solidaire » du Conseil supérieur de l’économie sociale cherche à recenser et à capitaliser les expériences pédagogiques, qu’elles soient sous forme de documents ou de coopérations entre établissements scolaires et entreprises d’économie sociale. L’objectif est de promouvoir leur diffusion et la reconnaissance de l’économie sociale et solidaire comme objet d’enseignement à part entière, ce qui rejoint l’approche plurielle des sciences économiques et sociales défendue par l’Institut pour le développement de l’information économique et sociale (Idies*).
Pour en savoir plus : « L’enseignement initial de l’économie sociale : un enjeu stratégique », Recma n° 311, février 2009.
Deux exemples de formation
La chaire Entrepreneuriat social de l’Essec
L’Essec a mis en place, depuis 2003, un centre d’enseignement et de recherche sur les thématiques d’entrepreneuriat dans le domaine de l’économie sociale : associations, fondations*, coopératives, mutuelles ou entreprises socialement responsables. Cette formation est soutenue par la Macif*, la Maif*, la Caisse d’épargne d’Ile-de-France*, mais également par Eco emballages, la Caisse des dépôts et consignations…
La chaire Entrepreneuriat social s’inscrit dans le programme Essec MBA. La formation se partage entre des enseignements théoriques, des conférences, des travaux de recherche appliquée et des stages d’immersion sur le terrain.
Contact : Groupe Essec, chaire Entrepreneuriat social, av. Bernard-Hirsch, BP 50105, 95021 Cergy-Pontoise Cedex, tél. : 01 34 43 32 05, site : www.essec-entrep-social.com/fr
Le réseau inter-universitaire de l’économie sociale et solidaire (RIUESS)
Le RIUESS s’est constitué en l’an 2000 autour des Universités de Lyon 2, de la Méditerranée, de Valenciennes, de Toulouse 2-Le Mirail et du Centre de recherche et d’information sur la démocratie et l’autonomie (Crida), à Paris. Il intègre aujourd’hui treize universités françaises, parmi lesquelles le Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), où le Centre d’économie sociale travail et société (Cestes) organise des formations diplômantes et des stages courts à propos du champ de l’économie sociale. Deux universités étrangères ont également rejoint ce réseau. Le RIUESS organise tous les ans des rencontres de l’économie sociale et solidaire. Signalons le thème de celles de juin 2009 à Roanne : « Entreprendre en économie sociale et solidaire, une question politique ? »
Pour en savoir plus : www.riuess.org
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