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Espagne

Définition
par Rafael Chaves, Ciriec-España
Source : Hors-série n°38 bis d'Alternatives Économiques : L'économie sociale de A à Z
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En Espagne, la démocratie*, la liberté d’association et d’expression, ainsi que l’édification tardive d’un Etat-providence ont créé un terrain favorable au développement de la société civile* et de l’économie sociale depuis la fin de la dictature, il y a plus de trente ans. Mais ce développement s’explique aussi par d’autres facteurs, tels que la montée et la persistance du chômage dans un contexte de crise économique et de difficile rattrapage industriel et technologique. Auquel s’ajoute l’émergence de nouvelles demandes sociales résultant du vieillissement de la population, mais aussi de la désertification des campagnes et de l’extension de la pauvreté et de l’exclusion. Aujourd’hui, l’Espagne compte ainsi un des taux d’emploi dans le secteur de l’économie sociale les plus élevés d’Europe, avec près de 10 % de la population occupée.


Les coopératives représentent près de la moitié du secteur, et leur nombre continue de croître, notamment celui des coopératives de travailleurs (cooperativas de trabajo asociado). Elles jouissent de l’appui d’une fiscalité favorable et de politiques publiques déployées en leur faveur au niveau central et dans les gouvernements régionaux. Les sociedades laborales* (sociétés de travailleurs), créées pour le maintien de l’emploi et de l’activité face à la crise industrielle de 1977-1985, ont connu pour leur part un nouvel essor avec une loi de 1997 qui en faisait une solution pour les petits entrepreneurs. Coopératives et sociedades laborales emploient en 2008 plus de 413 000 personnes, selon le ministère espagnol du Travail.

A côté de grands groupes comme Mondragón* (aujourd’hui Mondragón Corporación Cooperativa) se sont développés les groupes coopératifs agricoles (Anecoop, Coren et Acorex), les groupes bancaires (comme Credicoop), les groupes d’entreprises d’insertion de personnes handicapées (comme Promi et Gureak) et le groupe de l’Organisation nationale des aveugles (ONCE). ­L’Espagne a ainsi vu bourgeonner de petites et moyennes entreprises sociales*, exerçant de multiples activités toujours riches en emplois, tels que les services d’aide aux personnes dépendantes, l’enseignement, l’agriculture écologique, l’agrotourisme, l’insertion par l’activité économique*, la lutte contre l’exclusion. Une partie des entités travaillant dans ces activités, notamment celles reliées à l’économie sociale non marchande et mobilisant des bénévoles, s’inscrivent plutôt dans des mouvements autonommés « tiers secteur social » ou « organisations volontaires ».


L’économie sociale espagnole se caractérise en outre par une grande inflation normative, qui dérive de la pluralité des formes juridiques d’entreprises et d’entités, ainsi que des deux niveaux de gouvernement, central et régional, qui ont des compétences en la matière. Le concept de l’économie sociale bénéficie en effet d’une importante reconnaissance par les pouvoirs publics : on compte une Direction générale en économie sociale dépendant du ministère du Travail et des Affaires sociales et une direction semblable dans nombre de gouvernements régionaux. Il existe un Conseil national d’appui à l’économie sociale, structure consultative intégrant des représentants publics, les « familles » du secteur et des experts. Il existe aussi une confédération espagnole de l’économie sociale (la CEPES*) et des CEPES régionales, où les mouvements coopératifs et mutualistes, les fondations et certaines associations se retrouvent.
En revanche, l’économie sociale a encore du mal à percer dans les grands médias et à être reconnue comme partenaire à part entière dans les débats majeurs du pays. Son actuelle exclusion par les syndicats majoritaires et le patronat du dialogue social sur la réforme du marché du travail en est une illustration. Pourtant, la recherche et les universités comptent, depuis plus de quinze ans, un réseau de chercheurs spécialisés en économie sociale, le Ciriec-España, et deux instituts universitaires publics spécialisés en recherche et formation en économie sociale, Gezki et Iudescoop, respectivement dépendants des universités du Pays basque et de Valence. Une loi générale sur l’économie sociale est actuellement à l’étude auprès du gouvernement espagnol.