La question du genre dans les entreprises de l’économie sociale se pose différemment dans les mutuelles, les coopératives ou les associations. En outre, elle doit être appréhendée sous les angles divers du simple sociétariat*, du militantisme ou de la parité.
L’admission des femmes dans les sociétés de secours mutuel*, au titre de bénéficiaires de la protection sociale, a été acquise à la fin du XIXe siècle, essentiellement pour satisfaire aux besoins de la politique nataliste. En revanche, il n’en est pas de même de leur participation aux instances décisionnelles, locales ou fédérales, qui s’est heurtée aux obstacles du droit commun autant qu’au machisme ambiant. Si bien qu’en ce début de XXIe siècle, le parcours qui mène de la mixité à la parité au sein du mouvement mutualiste est loin d’être achevé. Dans les unions départementales, les femmes ne représentaient que 18 % des élus aux conseils d’administration en 2003. En 2008, sur 108 postes d’administrateurs à la FNMF*, 28 étaient occupés par des femmes. Si la représentation féminine a progressé de façon sensible au niveau fédéral au cours des dernières années, elle est loin d’être spectaculaire. Le mouvement coopératif* dans ses multiples expressions présente les mêmes disparités entre les deux sexes pour l’exercice des responsabilités, même si les femmes ont pu jouer un rôle actif et même militant, mais presque toujours anonyme, dans les coopératives de consommation* au XIXe siècle.
Il faut donc bien constater que si coopération et mutualité ont eu une fonction d’avant-garde éclairée dans les domaines de la protection sociale et de la mise en œuvre de la démocratie*, en revanche, ces deux branches de l’économie sociale n’ont guère innové en faveur de l’égalité des sexes.
Quant aux associations, on y remarque également un accès limité des femmes aux fonctions dirigeantes, alors que la situation de l’emploi s’y caractérise par une forte féminisation… allant de pair avec la précarité, la fréquence du temps partiel, et partant, la modicité des salaires dans ce secteur. Un président d’association sur quatre seulement est une femme.
En plein débat sur la parité politique, le monde de l’économie sociale cherche à remédier à ce manquement à l’accomplissement de la démocratie au sein de ses propres structures. Il ressort d’une enquête menée par l’Observatoire de la parité créé par la FNMF que 89 % des mutualistes se sentent concernés par cette question. Interrogées sur les raisons de leur non-participation aux prises de décisions, les femmes évoquent le manque de sollicitations… Preuve qu’en économie sociale comme dans l’ensemble de la vie publique, il ne suffit pas de quelques aménagements pratiques, comme la garde des enfants, pour améliorer la représentativité des femmes.
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