Les finances solidaires visent à soutenir des projets à forte plus-value sociale, environnementale ou culturelle. Elles sont apparues dans un contexte de développement du chômage de masse. Une poignée de militants souhaitant alors permettre à des personnes n’ayant pas accès au crédit bancaire de créer leur propre entreprise ont décidé de mettre à la disposition de ces dernières une partie de leur épargne.
Aujourd’hui, l’espace de la finance solidaire s’est élargi. Ses ressources reposent notamment sur des produits d’épargne solidaire* ou d’investissement solidaire. Au lieu d’être investis sur des entreprises cotées en Bourse, les fonds confiés par les épargnants servent à financer des entreprises solidaires non cotées et à soutenir des projets qui trouvent difficilement des financements sur les marchés classiques, parce qu’ils relèvent d’activités considérées comme risquées et/ou peu rentables. L’épargne n’est pas prioritairement un moyen de s’enrichir, mais un outil pour (re)créer du lien social et de la cohésion territoriale. En 2007, près de 300 000 personnes physiques et morales avaient choisi d’épargner de façon solidaire, contre 13 000 en 1996. Le montant total de l’épargne atteignait 1,7 milliard d’euros à la fin 2007, soit 33 % de plus que l’année précédente, selon le baromètre Finansol*-La Croix-Ipsos.
Deux grands types de produits d’épargne solidaire sont à distinguer : les produits d’épargne de partage*, pour lesquels le souscripteur renonce à une partie des intérêts perçus pour en faire don à des acteurs financiers solidaires, et les produits d’investissement solidaire, qui consistent à fournir du capital à des acteurs (le capital appartient toujours à l’épargnant et vient augmenter la capacité d’action de l’entreprise solidaire).
Il existe plusieurs moyens de souscrire ces produits. Le premier est de le faire directement auprès d’acteurs financiers solidaires. Cela peut consister à ouvrir un compte à terme auprès d’établissements qui accordent des crédits à des projets sociaux ou environnementaux créateurs d’emplois, comme la Société financière de la NEF* ou la Caisse solidaire Nord-Pas-de-Calais* qui sont habilitées à recueillir de l’épargne à deux ans. Il peut également s’agir d’acheter des actions non cotées d’institutions telles que la Société d’investissement France active (Sifa), qui aide à la création ou au développement d’entreprises d’insertion* ou à vocation solidaire, la société foncière Habitat et humanisme, qui rachète et réhabilite des logements pour les familles n’ayant pas accès aux HLM, ou encore Oikocredit, qui finance des projets au Sud par du microcrédit.
D’autres produits relèvent de la compétence des banques et sociétés de gestion avec lesquelles les acteurs solidaires nouent des partenariats : Sicav, fonds communs de placement (FCP) ou livrets bancaires. Le Crédit coopératif* propose toute une gamme de produits solidaires, parmi lesquels les comptes-chèques NEF et quinze produits d’épargne solidaire ayant reçu le label Finansol, qui garantit leur caractère solidaire et transparent. Il a une forte spécialisation en produits de partage, dont le FCP Faim et développement par lequel le souscripteur verse 50 % à 75 % des revenus générés par le fonds à une ONG* de son choix. Ce fonds a permis le versement de 1,2 million d’euros en 2007. La Macif* a, quant à elle, créé en 2002 le FCP Macif croissance durable et solidaire. 5 % à 10 % des encours de ce fonds sont investis dans des entreprises solidaires. Le reste est investi sur la base de critères répondant aux exigences de développement durable*.
Mais le boom récent des finances solidaires est surtout lié au développement de l’épargne salariale. La loi Fabius de 2001 puis la loi Fillon de 2003 ont en effet permis aux salariés qui bénéficient des mécanismes d’épargne salariale d’investir dans des fonds communs de placement d’entreprise (FCPE) solidaires. La loi de modernisation de l’économie de 2008 rend quant à elle obligatoire la proposition de fonds solidaires dans le cadre de tous les plans d’épargne d’entreprise. 6 millions de personnes sont potentiellement concernées, ce qui offre une opportunité de développement non négligeable à l’épargne salariale solidaire.
Les types d’initiatives soutenues sont aujourd’hui relativement variés, de la création d’emplois destinés à des personnes en situation de précarité économique et sociale à l’octroi de prêts individuels à des chômeurs de longue durée pour qu’ils créent leur entreprise, en passant par des projets de protection de l’environnement.
Au total, les finances solidaires ont créé près de 25 000 emplois en France en 2007, et permis le relogement de plus de 1 200 familles. Les finances solidaires ont en outre souvent un effet de levier : elles peuvent décider les banques à accorder des prêts aux créateurs d’entreprise. Toutefois, la finance solidaire reste une démarche marginale, si on la compare aux sommes amassées par le reste des circuits financiers. Les montants annuels d’épargne qui vont vers le solidaire (400 millions d’euros) sont à comparer aux 120 milliards d’euros d’épargne annuelle des ménages.
Finansol
L’association Finansol a été créée en mai 1995 afin de promouvoir l’épargne solidaire* et de soutenir le développement des structures qui la portent, notamment via la création d’un label qui garantit que les produits d’épargne solidaire servent à financer des activités assurant l’insertion de personnes en difficulté et qu’ils concourent à développer l’offre de logement social, les énergies renouvelables ou encore la solidarité Nord-Sud…
Finansol rassemble aujourd’hui 49 membres regroupant, d’une part, des acteurs financiers solidaires de terrain (associations, fondations*, sociétés de capital-risque solidaire*, sociétés financières, clubs d’investisseurs, sociétés foncières…), et, d’autre part, des établissements financiers classiques engagés dans une démarche de solidarité (banques et compagnies d’assurances).
Le label Finansol est délivré par un comité depuis 1999, afin que les promoteurs de produits financiers ne soient pas à la fois juges et parties. Ce comité est composé de personnalités indépendantes représentatives de la société civile*. Il définit les critères d’attribution et choisit ou non d’accorder le label aux produits d’épargne qui lui sont présentés.
Aujourd’hui, Finansol a labellisé 83 produits d’épargne solidaire et poursuit son appui au développement du secteur notamment en lien avec les collectivités locales. En 2008, pour la première fois, la Semaine de l’épargne solidaire annuelle a été organisée au niveau national. Des événements ont eu lieu dans 13 régions, l’objectif étant de toucher les 22 régions métropolitaines en 2010. Par ailleurs, Finansol publie chaque année un Baromètre des finances solidaires qui actualise les chiffres du secteur et propose en ligne un guide des activités financées par l’épargne solidaire.
Claire Alet-Ringenbach
Contact : 58 rue Regnault, 75013 Paris, tél : 01 53 36 80 60, site : www.finansol.org
La NEF
La NEF est une société coopérative de finances solidaires. Sa mission est de relier épargnants et emprunteurs autour de projets respectueux de l’homme et de la Terre.
Elle intervient au moyen de prêts professionnels ou associatifs pour soutenir des projets à caractère social, environnemental et culturel grâce à l’argent que lui confient ses 20 000 sociétaires* sur des comptes de dépôts ou des comptes bancaires (comptes-chèques et comptes sur livret). Tous les produits d’épargne solidaires de la NEF sont labellisés par Finansol*.
La société financière de la NEF est un établissement agréé et contrôlé par la Banque de France.
Contact : 114 bd du 11-Novembre-1918, 69626 Villeurbanne, tél. : 0811 90 11 90, site : www.lanef.com, courriel : lanef@lanef.com
L'Adie
L’Association pour le droit à l’initiative économique (Adie) a été créée en 1989 par Maria Nowak. Acteur historique du microcrédit en France, cette association prête des petites sommes (2 000 euros en moyenne) à des personnes en difficulté afin qu’elles créent leur propre activité. Elle a été reconnue d’utilité publique par l’Etat en mars 2005.
Avec 12 824 microcrédits accordés en 2008, l’Adie a directement aidé à la création de 11 810 emplois. 80 % de ses prêts sont accordés dans le cadre de partenariats avec des banques, qui prennent en charge 30 % des risques, 70 % du montant du crédit étant garantis par l’Adie.
L’association accompagne également les porteurs avant et après la création d’activité. Son budget de fonctionnement couvre ses coûts et est principalement financé par les pouvoirs publics, Etat et collectivités locales. L’Adie milite pour un développement du microcrédit qui permette à chacun de développer son autonomie. Elle considère que la création d’entreprise a un rôle majeur à jouer dans la résorption du chômage, compte tenu du contexte de crise du lien salarial.
Contact : 4 bd Poissonnière, 75009 Paris, tél. : 01 56 03 59 00, site : www.adie.org, courriel : adie@adie.org
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