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Fourier, Charles (1772-1837)

Définition
par Denis Clerc
Source : Hors-série n°38 bis d'Alternatives Économiques : L'économie sociale de A à Z
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Charles Fourier connut bien des déboires dans sa vie. Né à Besançon, il se lance – comme son père – dans le commerce et s’y ruine. Il n’échappe à l’échafaud révolutionnaire qu’en s’enrôlant dans l’Armée du Rhin, qu’il quitte, après avoir sauvé la patrie, pour redevenir commerçant, puis fonctionnaire. De cette vie besogneuse, il s’évade en écrivant, et notamment en pensant minutieusement l’état sociétaire idéal, organisé autour du phalanstère.


Le phalanstère est un lieu associant logement et travail pour 1 500 à 1 600 personnes, « les économies ne pouvant naître que des grandes réunions », dit Fourier. Il s’agit d’un vaste hôtel, comprenant, outre les logements proprement dits, des salles de repas, de conseil, de bibliothèque, d’étude, etc. C’est aussi un lieu de travail mêlant activités agricoles et manufacturières, avec alternance des travaux, de sorte que chacun passe souvent d’une activité à une autre (« la papillonne », selon Fourier), pour donner de l’intérêt au travail. C’est, enfin, une coopérative de consommation*, puisque les services collectifs de restauration, de chauffage et de logement s’appuient sur des biens et des services achetés en commun.


Circuit court, économies d’échelle liées aux formes d’habitat et de consommation, travail-plaisir donnant des récoltes doublées, voire quadruplées (comme il l’annonce dans le titre même du dernier livre qu’il a publié de son vivant [1]), tout cela devait, selon lui, faire merveille. Aussi voit-il le phalanstère comme une société par actions aux dividendes fabuleux : 30 % au moins promet-il aux financeurs éventuels, qu’il tente d’attirer, sans succès. Les travailleurs associés percevront 5/12e du produit net, le capital 4/12e et le « talent » – la direction, les cadres – 3/12e. Pas question de supprimer la propriété privée : il s’agit au contraire de la généraliser, chacun ayant vocation à devenir actionnaire. Pas question non plus de supprimer la hiérarchie : chaque travailleur pourra espérer devenir directeur ou cadre, puisqu’il s’agira de fonctions électives, mais chacun devra travailler selon un type d’organisation fixé par la hiérarchie.


On est loin des systèmes collectivistes prônés alors par Louis Blanc* ou Robert Owen*. Fourier mérite bien l’appréciation de Charles Gide*, qui estimait que c’était « le plus bourgeois des socialistes, si tant est même qu’on puisse lui donner ce nom de socialiste qu’en tout cas il n’a jamais pris ». Homme d’ordre, voire maniaque, mais aussi imaginatif, voire illuminé, il a eu à la fois des admirateurs – de Dostoïevski à André Breton – et des disciples, comme Victor Considérant, Michel-Marie Derrion (créateur de la première épicerie sociale coopérative, à Lyon) ou Jean-Baptiste Godin*, constructeur du Familistère à Guise, dans l’Aisne.

[1] La fausse industrie, morcelée, répugnante, mensongère et l’antidote, l’industrie naturelle combinée, attrayante, véridique, donnant quadruple produit, 1836.