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Gide, Charles (1847-1932)

Définition
par Jean-François Draperi, Recma
Source : Hors-série n°38 bis d'Alternatives Économiques : L'économie sociale de A à Z
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Professeur à la faculté de droit de Paris et au Collège de France, membre de plusieurs dizaines de coopératives, Charles Gide a connu la célébrité grâce à ses Principes d’économie politique, manuel qui a été publié en France en 26 éditions entre 1884 et 1931, et qui a été traduit en 19 langues étrangères – la dernière fut en persan, en 1968 –, plus une en braille ! Au-delà de ce best-seller, Gide fut l’auteur prolixe de plusieurs milliers d’articles, dont 840 dans la seule revue L’émancipation, qu’il créa en 1886.


C’est à cette date qu’il rejoint le mouvement coopératif* auquel il participe activement. Il bâtit à partir du noyau coopératif nîmois une doctrine fameuse connue sous le terme d’école de Nîmes*, qui fonde l’autonomie de la pensée coopérative et sa distinction vis-à-vis à la fois des libéraux et des socialistes. Pour Gide, la coopération est un mouvement économique vecteur d’émancipation et servant l’intérêt général*. Participant à la seconde assemblée de la Fédération nationale des coopératives de consommation (FNCC*) en 1889, il a donné au mouvement une impulsion pour plus d’un demi-siècle, en formulant son plan en trois étapes selon lequel les coopératives de consommateurs* peuvent accéder à la gestion de l’ensemble de l’économie. Président de la FNCC en 1902, il a été l’artisan, avec Jean Jaurès*, de la réunification du mouvement coopératif français en 1912. Fondateur avec Bernard Lavergne en 1921 de la Revue des études coopératives (REC) et de l’Institut international des études coopératives dix ans plus tard, il a eu une influence durable sur la pensée et le mouvement coopératifs internationaux.


On peut résumer la conception gidienne de l’économie sociale en quatre traits essentiels :
– l’économie sociale s’appuie sur la consommation. La primauté que Gide donne à la consommation sur la production fonde l’économie sociale comme une économie répondant aux besoins non satisfaits : « Qu’est-ce que le consommateur ? (…) Rien ; Que doit-il être ? Tout… L’ordre social actuel est organisé en vue de la production et nullement en vue de la consommation, ou si vous aimez mieux, en vue du gain individuel et nullement en vue des besoins sociaux » ; – l’économie sociale se fonde sur la solidarité* ou plutôt sur la coopération. Etablissant un lien original entre morale et politique, Charles Gide affirme « la supériorité morale d’une société où les relations entre les hommes, au lieu d’être déterminées uniquement par l’échange (…), se formeraient par voie d’association, qu’elle soit professionnelle, mutualiste ou coopérative ». Dans ce cadre, l’économie sociale gidienne a, selon Henri Desroche*, quatre buts : procurer à chacun un minimum de travail pour un minimum de salaire, offrir les services essentiels (alimentation, logement, santé, récréation et éducation), permettre la prévoyance* (l’assurance et l’épargne) et l’indépendance* (le crédit, la petite entreprise) ;
– l’économie sociale répond à des problèmes concrets et instaure une relation originale entre théorie et pratique économiques. Gide n’a pas produit une grande théorie macroéconomique, ce qui, sans doute, lui a valu son manque de notoriété actuel. Mais Marc Pénin, économiste à l’université de Montpellier, considère, dans Charles Gide. L’esprit critique (éd. L’Harmattan, 1997), que « les raisons mêmes qui ont conduit la seconde moitié du XXe siècle, férue de grandes idéologies et de grands systèmes, à négliger sa pensée militent aujourd’hui en faveur de sa redécouverte » ;
– enfin, l’économie sociale est « infiniment variée ». Gide fait preuve d’un antidogmatisme permanent et ne limite jamais l’économie sociale à ses formes organisationnelles. De même, alors qu’il considère la solidarité comme le socle moral de l’économie sociale, il affirme également dans son cours au Collège de France, en 1928, que « la solidarité offre à ceux qui sont forts le moyen d’aider les faibles », c’est pourquoi « la solidarité ne dispense pas de la justice ».
Certes, Gide a davantage écrit sur l’actualité de son époque que sur des questions « d’économie pure », et ses textes pourraient paraître dépassés. Mais sa lecture procure une sorte de jouvence qui ne laisse pas de surprendre.