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Investissement socialement responsable

Définition
par Hugues Sibille, Crédit coopératif
Source : Hors-série n°38 bis d'Alternatives Économiques : L'économie sociale de A à Z
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Quels sont les liens entre l’investissement socialement responsable (ISR) et l’économie sociale et solidaire ? L’économie sociale regroupe des structures réunies par des principes communs : l’impartageabilité des réserves*, la règle « une personne, une voix »*, la liberté d’entrer et de sortir. Ces principes doivent déboucher sur des modes de gouvernance* proches de ceux des entreprises socialement responsables, privilégiant par exemple la transparence, la gestion de long terme, etc. Mais il ne suffit pas d’affirmer des principes*, il faut que les pratiques soient en conformité avec ceux-ci. Rendre compte de la réalité de ce que l’on affiche est essentiel dans l’ISR comme dans l’économie sociale et solidaire.
D’autre part, l’économie solidaire regroupe des structures qui, quel que soit leur statut, mettent la solidarité* au cœur de leur projet, tout en cherchant une viabilité économique autre que par les seules subventions d’Etat. L’économie sociale et solidaire réunifie dans un même périmètre l’ensemble de ces structures, considérant que ce qui les réunit est plus fort que ce qui les sépare.
Cet ensemble est concerné à plusieurs titres par la montée en puissance de l’investissement socialement responsable, qu’il faut distinguer des produits financiers solidaires. L’ISR est une forme de financement des entreprises opérant par une sélection de valeurs mobilières en portefeuille sur des critères de rentabilité et de risque, mais aussi sur des critères extra-financiers, éthiques, solidaires, sociaux, environnementaux et de gouvernance. L’ISR peut par ailleurs se traduire par un activisme actionnarial, notamment au travers des résolutions déposées par certains actionnaires lors des assemblées générales.
L’ISR concerne l’économie sociale parce que les Sicav et les fonds communs de placement (FCP) socialement responsables sont souscrits à 66 % par des institutionnels (assureurs, caisses de retraite, fondations), où l’on retrouve l’économie sociale, notamment à travers les mutuelles d’assurances* et de santé*, qui y placent beaucoup d’argent. Le Crédit agricole faisait ainsi partie, en 2007, des six premières sociétés de gestion françaises qui gèrent plus d’un milliard d’euros d’ISR. Il reste néanmoins des marges de progression importantes dans les placements de l’économie sociale pour les rendre plus socialement responsables. D’autre part, les banques mutualistes et coopératives*, qui représentent la majorité des guichets en France, distribuent aussi des produits socialement responsables aux particuliers, qui correspondent à 34 % des encours, avec 7,4 milliards d’euros en 2007.
De leur côté, les produits financiers solidaires ont triplé en trois ans, à 1,7 milliard d’euros en 2007, sous forme de Sicav et de FCP (614 millions d’euros), de livrets bancaires (255 millions d’euros), d’épargne salariale (598 millions d’euros) et d’actions non cotées. Le Crédit coopératif* est très actif dans ce champ, avec le Codesol, les livrets Agir, la NEF*, les FCP Epargne solidaire, Faim et développement, et le tout récent livret A comme Agir. Le groupe Banque populaire est également très actif, arrivant en tête pour les fonds d’épargne salariale solidaire. Certes, le nombre de ces épargnants vertueux est en hausse avec 61 000 personnes qui ont souscrit ces produits en 2004, mais ces chiffres doivent aussi être comparés aux 5 millions de souscripteurs des actions EDF mises sur le marché fin 2005…
Les produits financiers solidaires sont en lien étroit avec ce qu’on a appelé au début de cet article l’économie solidaire, en lui apportant des fonds ­propres qu’elle ne trouve pas sur les marchés classiques. Ces produits financent en particulier les activités d’insertion par le travail et par le logement, qui représentaient 82 % de l’utilisation de l’épargne solidaire répertoriée en 2007 par Finansol*, mais également le commerce équitable*, l’environnement et la solidarité internationale. Ces sommes sont essentielles pour le développement de l’économie solidaire, ici et dans les pays du Sud. Depuis leur origine, elles ont contribué à la création de 155 000 emplois en France, et à l’octroi de plusieurs millions de microcrédits à travers 900 institutions de microfinance dans le monde.
Les produits financiers solidaires disposent d’un fort potentiel de développement pour deux raisons : d’une part, parce que l’épargne salariale investie dans l’économie solidaire peut devenir très importante (elle devrait atteindre 1 milliard d’euros à terme, contre 600 millions fin 2007) et, d’autre part, parce que 57 % des Français se disent prêts à épargner solidaire, s’il y a avantage fiscal et label. En cela, le dispositif de la loi en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat (dite « loi Tepa »), permettant de réduire l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) par l’investissement, peut constituer un levier très important de collecte. Mais ceci pose la question centrale de l’accroissement du nombre de projets d’économie sociale et solidaire finançables et, pour cela, le fait d’augmenter le nombre d’entrepreneurs sociaux. Les collectivités locales, particulièrement les régions, auront un rôle essentiel dans l’avenir pour favoriser cet entrepreneuriat et le rapprocher de l’épargne solidaire.
Dans quelques cas, l’ISR rejoint les produits financiers solidaires. C’est le cas des organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM) Choix solidaire et Confiance solidaire, qui allient ISR et économie solidaire, puisque 90 % de ces fonds sont placés par la société de gestion du Crédit coopératif Ecofi investissements dans des titres d’entreprises européennes cotées socialement responsables et 10 % dans des entreprises solidaires. On peut encore citer Natixis AM*, qui gère le FCP solidaire Insertion emplois. Ce que pourraient être de nouvelles alliances entre entreprises socialement responsables, économie sociale et solidaire, syndicalisme de transformation se dessine ainsi, pour aller vers une économie plus juste et préservatrice de l’environnement.