Né à Castres (Tarn) en 1859, Jean Jaurès est le représentant le plus illustre du mouvement coopératif* au sein du mouvement socialiste*. Il a sans doute découvert la coopération à travers la lecture d’un article de César De Paepe publié en 1887 dans la Revue socialiste. Dès 1889, lors du Congrès de la Bourse de Paris, il prend connaissance du socialisme coopératif belge.
En 1895, sa rupture avec la théorie de l’action révolutionnaire prônée par Jules Guesde et avec celle de l’insurrection d’Auguste Blanqui est définitive. Député de sa région natale, il soutient la Verrerie ouvrière d’Albi* à l’occasion d’une grève des ouvriers verriers. Cette même année, il contribue à la création de la Bourse coopérative, qui se voulait l’équivalent pour la coopération de la Bourse du travail ou de celle du commerce. La Bourse coopérative se constitue en opposition avec l’Union coopérative, qui fédère le mouvement coopératif depuis 1888. En 1912, les deux fédérations se rejoindront, à l’instigation de Jean Jaurès pour la Bourse et de Charles Gide* pour l’Union.
En avril 1899, Jaurès entreprend un voyage en Belgique* pour l’inauguration de la nouvelle Maison du peuple de Bruxelles. Il y déclare : « Eh bien, nous vous promettons d’aller prêcher votre exemple à nos frères, de les initier à l’organisation, à la coopération et de mettre la classe ouvrière en état de gouverner et d’administrer le monde. » Dès lors, si Jean Jaurès reste un admirateur de l’analyse marxiste, il ne suit Marx ni dans l’option révolutionnaire qu’il préconise, ni dans la prééminence absolue que l’auteur du Capital donne au travail. Sa critique la plus constante va au Manifeste communiste, dont il a rejeté l’hypothèse révolutionnaire jugée « surannée ». Il affirme : « Lorsque trois actions sont aussi essentielles que le sont l’action syndicale, l’action coopérative et l’action politique, il est vain de régler entre elles un ordre de cérémonie et il faut les utiliser toutes les trois au maximum » [1].
Le 10 février 1900, Jaurès fait une conférence sur « Bernstein et l’évolution de la méthode socialiste ». Il suit alors Bernstein dans son appréciation sur « la valeur révolutionnaire » du syndicat* et de la coopération, qui doivent être « coordonnés au mouvement socialiste » et affirme : « Ce ne sont pas […] des instruments secondaires, c’est la première forme de l’organisation générale et révolutionnaire de la classe ouvrière » [2].
Son assassinat, le 31 juillet 1914, prive le mouvement socialiste français d’un grand leader. Il met également fin durablement au rapprochement entre le mouvement coopératif et le mouvement socialiste.
[1] Revue socialiste, janvier 1910, cité par Jean Gaumont, dans Au confluent de deux grandes idées, Jaurès coopérateur, éd. FNCC, 1959.
[2] Conférence du 10 février 1900, parue dans Mouvement socialiste des 1er et 15 mars 1900 et cité par Jean Gaumont, op. cit.
- 1352 lectures

