Les dangers de la poterie culinaire

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En plus de son intérêt culinaire proprement dit, il y a un aspect de la poterie culinaire que nous aimons particulièrement. C'est son aptitude à remettre en question notre rapport aux objets familiers, d'abord, puis de fil en aiguille elle ouvre des portes surprenantes. D'où des réactions très contrastées et passionnantes à observer.

La poterie culinaire a beau être inscrite dans nos gènes, la plupart d'entre nous n'en a même jamais entendu parler et envisage encore moins de l'utiliser. Serait-ce que nos ustensiles de cuisine modernes, élaborés à grand renfort de métaux et autres revêtements high-tech nous auraient enfin révélé l'art de la vraie cuisine, après des millénaires d'obscurantisme ?

Grâce à ces nouveaux matériaux ou ces nouveaux joujoux électriques dont l'élaboration est gourmande en énergie, grand pollueur de l'air et de l'eau, grand destructeur de biodiversité, grand concurrent de l'agriculture nourricière, source d'innombrables maladies pour au minimum les travailleurs exposés, notre génération aurait enfin trouvé le St Graal : comment cuisiner sainement sans perdre de précieuses minutes à la cuisine ! Tic-tac, tic-tac... vite, je suis en retard à mon cours de yoga !

Le plus surprenant est que l'on peut complètement adhérer à cette idée et être intraitable sur l'origine de ses aliments : bio ou rien ! Sans y voir l'ombre d'une contradiction, bien sûr. Mais après tout, peut-être n'est-ce qu'un début.

Peut-être qu'après avoir renié l'agriculture paysanne pendant des décennies pour finalement l'encenser, nous nous souviendrons qu'il n'y a pas si longtemps nos ancêtres n'imaginaient pas, eux, de cuisiner dans autre chose que de la terre cuite. Un matériau aussi naturel que l'étaient leurs cultures ; bio sans le savoir et même pas certifiées, quelle honte. Cela dit, avaient-ils vraiment le choix, nos aïeux ? Pas vraiment, tandis que nous, Ô luxe suprême, nous l'avons.

Faisons-nous preuve pour autant de plus de bon sens ? A voir !

A condition de ne pas limiter le débat à la seule cuisson et de se demander si cette justification de la technologie ne révèle pas un attachement fort à tous ces gadgets qui font désormais partie de notre environnement quotidien et dont nous voyons d'un mauvais oeil mal toute remise en cause. C'est peut-être pourquoi la poterie culinaire suscite si souvent tantôt une adhésion enthousiaste tantôt un rejet franc, peu importe les raisons avancées. Il faut bien reconnaître qu'elle peut déranger par les questionnements qu'elle pose, des questionnements qui ont tôt fait de déborder de la cuisine.

Quant à la poterie noire (http://www.oyera.fr), la plus perfide de toutes, elle a même refusé l'émail, ce pain béni pour l'industrie qui peut faire des poteries à la chaine sans la moindre intervention de l'homme et ce pour pas un rond. Il y a un peu plus d'un siècle, le progrès, déjà, c'était ça. Comment cette poterie a réussi à survivre un siècle de plus dans un tout petit village du Portugal ? Mystère, mais cette infraction à l'histoire doit bien avoir un sens...

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