Après la réforme de la représentativité syndicale, le gouvernement va-t-il s'attaquer au système de représentation des entreprises françaises ? C'est en tout cas le souhait de l'Usgeres, l'Union de syndicats et groupements d'employeurs représentatifs dans l'économie sociale. Son président, Alain Cordesse, en appelle même à un « Grenelle du patronat » courant 2010. Il en a fait directement la demande, par écrit, à Xavier Darcos, le ministre du Travail.
« Nous sommes confrontés à un vrai problème de démocratie sociale, juge-t-il [1]. Les organisations patronales de l'économie sociale [NDLR : c'est-à-dire l'Usgeres, mais aussi l'Unifed et le Gema] ont recueilli près de 20 % des voix aux dernières élections prud'homales. Pourtant, nous ne disposons d'aucun représentant au conseil de la prud'homie. Or, aujourd'hui, la seule façon de mesurer le degré de représentativité des organisations patronales, ce sont bien les élections prud'homales. »
L'Usgeres rassemble 60 000 employeurs issus du monde de l'économie sociale (coopératives, mutuelles, associations…) représentant 750 000 salariés. Un poids qui lui permet de se présenter comme « l'organisation patronale la plus représentative et la plus large des employeurs fédérés de l'économie sociale ». Créée en 1994, elle reste cependant exclue de toutes les instances nationales de consultation ou de négociation du dialogue social. Au-delà du conseil de la prud'homie, c'est également vrai pour le Conseil national de la formation professionnelle, alors que les employeurs qu'elle représente collectent chaque année 250 millions d'euros au titre de la formation professionnelle de leurs salariés.
Elle ne figure pas non plus dans l'organigramme de la Commission nationale de la négociation collective, qui est la principale instance consultative intervenant dans la régulation du dialogue social. De la même manière, elle n'est pas partie prenante des négociations des accords nationaux interprofessionnels. Intégrer le cercle des acteurs du dialogue social supposerait de recueillir l'accord de tous les signataires déjà installés autour de la table des négociations. A en croire Alain Cordesse, la CGPME y serait favorable, mais pas le Medef, qui fait la sourde oreille aux diverses sollicitations de l'Usgeres.
Pourtant, souligne Alain Cordesse, « nous ne sommes peut-être pas des entreprises comme les autres, mais comme les autres nous sommes des entreprises ». Et de citer l'exemple de la Maif, « une véritable entreprise performante et responsable ». Dans sa quête de reconnaissance, l'Usgeres fait valoir ses arguments : « Face à un patronat confronté au vieillissement de ses militants, on pourrait apporter quelque chose, enrichir le secteur patronal. »
En attendant une éventuelle initiative gouvernementale, ou encore les résultats de la mission parlementaire confiée à Francis Vercamer sur le développement de l'économie sociale, l'Usgeres multiplie les contacts bilatéraux avec les autres organisations patronales pour faire avancer sa cause. La CGPME, par exemple, lui a offert en guise de bonne volonté un siège au sein de l'Anact. Des contacts ont également été noués avec l'UPA, l'UNAPL ou la FNSEA. Mais toujours pas avec le Medef, avec qui « les relations sont inexistantes ».
Les remous qui secouent actuellement le Medef [2] vont peut-être contribuer à chambouler quelque peu le paysage patronal. Mais attention : « Nous n'accepterons pas que les discussions sur la recomposition du patronat se fassent sans nous », prévient Alain Cordesse.
Notes
- (1) Propos recueillis lors d'une rencontre organisée par l'association des journalistes de l'information sociale (Ajis), le 13 janvier 2010.
- (2) Voir « Medef : le flop des soldes d'hiver ! », par Carole Tuchszirer, Alternatives Economiques n° 288, février 2010.
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