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Mondragón

Définition
par Jacques Prades, économiste
Source : Hors-série n°38 bis d'Alternatives Économiques : L'économie sociale de A à Z
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Modèle unique au monde de coopératives intégrées, le complexe de Mondragón regroupe plus de 120 structures. Deux tiers de ses 32 000 associés travaillent dans le Pays basque espagnol. Les six communes autour du complexe affichent, grâce à Mondragón, un taux de chômage de l’ordre de 3,5 %. Dans ce complexe, le licenciement est interdit pour les coopérateurs*, qui fixent les rémunérations.
L’aventure de la coopérative de Mondragón commence en 1943 avec la création d’une école professionnelle à l’initiative du père Don José Maria Arizmendiarrieta, prêtre républicain qui cherchait une alternative de développement opposée à la fois à la dictature franquiste et aux révolutionnaires.
En 1955, des anciens élèves de cette école reprennent une entreprise en difficulté, à partir de laquelle ils créent la coopérative Ulgor, acronyme formé des initiales des cinq fondateurs. Ulgor, devenue ultérieurement Fagor, est alors une entreprise coopérative de chauffage électrique. En 1958, les salariés-associés d’Ulgor créent un organisme de prestations sociales, Lagun Aro. Simultanément, de nouvelles petites coopératives voient le jour dans le sillage d’Ulgor. En 1959, le père Arizmendiarrieta suscite la création d’une caisse de crédit, la Caja Laboral Popular, afin de permettre à ces nouvelles petites coopératives d’accéder à un crédit que leur refusent les banques. En 1961, l’ensemble des initiatives se structure : les fonds de Lagun Aro sont déposés à la banque et les coopératives Ulgor, Arrasate et San José (coopérative de consommation* et future Eroski) prennent la direction de la caisse de crédit.
Un des traits remarquables du complexe de Mondragón est le rôle que l’école n’a jamais cessé d’y jouer : celle-ci dépasse les 300 élèves par an au début des années 1960 et constitue un creuset coopératif et d’innovations irremplaçable. Le groupe connaît une croissance très rapide au cours de la décennie 1960 : on comptait 479 emplois en 1960, 4 211 en 1965 et 8 743 en 1970, au sein de 40 coopératives dont 34 ont été créées entre 1964 et 1970.
Le groupe de Mondragón n’échappe pas à la crise économique du début des années 1970, dont les effets vont se poursuivre durant une dizaine d’années. Le redressement s’opérera au prix d’efforts considérables en matière d’organisation du travail (plus de flexibilité et de polyvalence), de gestion (péréquation des résultats entre secteurs) et de politique commerciale (ouverture à l’export) ; on observe simultanément la mise en réserve des excédents de gestion et le développement de la caisse, qui compte 300 000 comptes en 1980.
La crise actuelle frappe plus fortement l’Espagne que les autres pays européens, mais cela n’a pas empêché la coopérative de consommation du complexe Mondragón Eroski de proposer, au mois de janvier 2009, à ses 38 500 salariés de rejoindre les 13 500 coopérateurs du secteur de la distribution. Avec plus de 50 000 coopérateurs, Eroski devient le premier groupe coopératif au monde dans la distribution. Quant au secteur industriel, sa situation est plus difficile en raison de la baisse d’activité économique des biens domestiques. Il est actuellement divisé en 12 branches et a vu la création d’une nouvelle coopérative dédiée au solaire. La coopérative pilote de ce secteur est Fagor Electrodomestique, qui avait racheté Brandt-France il y a quelques années, sans changer le statut des salariés.
Parce qu’il assure une rémunération du travail supérieure aux salaires espagnols pour un même poste de travail (environ 15 %), parce qu’il permet la constitution d’une épargne des ménages (épargne forcée comme celle de Lagun Aro ou libre) et que l’investissement des coopératives est financé en large partie sur des ressources internes, le complexe coopératif de Mondragón, forme de « cluster » de l’économie sociale, est une réponse microéconomique à la crise financière mondiale que nous traversons.