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Projet coopératif

Définition
par Jean-François Draperi, Recma
Source : Hors-série n°38 bis d'Alternatives Économiques : L'économie sociale de A à Z
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Le mouvement coopératif est au service d’un projet, écrit Henri Desroche*. Ce projet est, précise-t-il, une utopie, c’est-à-dire un projet imaginaire d’une société alternative. Il faut préciser à ce propos, d’une part, que la majorité des coopératives qui ont été créées ne s’inscrivaient pas dans un tel projet et, d’autre part, que le caractère utopique ne disqualifie pas le projet.
En effet, la coopération agricole* dans sa grande majorité – de loin la plus importante à l’échelle mondiale –, la coopération artisanale et une partie au moins de la coopération bancaire ont été bâties par des agriculteurs, des artisans, des pêcheurs, des transporteurs, etc., pour répondre à des problèmes concrets et très limités : l’approvisionnement collectif, la mise en commun de matériel, l’organisation des récoltes, la distribution et la commercialisation de produits. Elles n’ont pas d’autre projet qu’une économie de moyens et n’ont pas, pour la grande majorité d’entre elles, de visée alternative. Il s’agit d’une coopération de service.
Concernant le caractère utopique, il sert le projet dans la mesure où il n’y a pas de projet alternatif sans l’idée qu’une autre société ou une autre économie est possible. Le mouvement coopératif* partage d’ailleurs ce trait avec le marxisme, l’idée d’une société communiste telle que la définit Marx dans le Manifeste n’est ni plus ni moins qu’une utopie sociale. Le projet coopératif se caractérise cependant par la mise en œuvre d’une démarche non violente en préconisant la coopération – et ses valeurs attenantes – plutôt que la lutte des classes.
Au cours de son histoire bicentenaire, le mouvement coopératif à imaginé et expérimenté deux grands projets alternatifs : le projet d’une république des travailleurs au cours de la première moitié du XIXe siècle, concrétisé par les associations ouvrières de production et la révolution associationniste* de 1848 (qui donneront plus tard naissance aux coopératives de production*) ; le projet d’une république des consommateurs à la fin du XIXe siècle, qu’exploreront des millions de militants animant des magasins Coop et leurs organisations, fédérés au sein de la puissante Fédération nationale des coopératives de consommateurs (FNCC*, créée en 1912). Ce mouvement, insuffisamment connu, a été théorisé par Charles Gide*. Il a été à l’origine de nombreux mouvements de solidarité nationaux et internationaux et a suscité en France la création de l’Office central de la coopération à l’école (OCCE*) et des Presses universitaires de France (PUF).
Le mouvement coopératif s’est trouvé en déficit de projet au cours de la seconde moitié du XXe siècle, essentiellement occupé par sa propre transformation au sein de l’économie mondiale, transformation qui a affaibli sa dimension alternative. On peut faire l’hypothèse que l’essor coopératif contemporain dans plusieurs régions du monde – en Amérique latine, par exemple –, la  création de nouvelles formes coopératives en Europe (coopératives sociales italiennes*, puis en Belgique*, en Espagne* et au Portugal*, coopératives d’activités et d’emploi* et Scic* en France) et les promesses coopé­ratives de certaines associations (comme les associations pour le maintien d’une agriculture paysanne ou Amap, par exemple) suscitent l’hypothèse d’un nouveau projet coopératif. Ni uniquement république des travailleurs ou république des consommateurs, plus large que l’alternative associationniste mais moins étendue que la république gidienne, ce projet coopératif en émergence associe travailleurs et consommateurs et se développe à l’échelle territoriale et inter-territoriale.


Pour en savoir plus : L’économie sociale. Utopie, pratiques, principes, par Jean-François Draperi, Presses de l’économie sociale, 2009 (8e éd).