Les structures qui se reconnaissent aujourd’hui dans l’économie sociale ont joué un rôle historique essentiel dans l’essor de la protection sociale en s’efforçant de répondre aux besoins sociaux liés à l’essor de la société industrielle. A côté des associations caritatives, souvent confessionnelles, qui s’efforçaient d’alléger le sort des plus pauvres, les sociétés de secours mutuel ont permis aux salariés, dès le XIXe siècle, de bénéficier d’un début de prise en charge solidaire des risques liés à la maladie et à l’invalidité.
L’essor de la Sécurité sociale dans les décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale et son extension progressive ont fortement réduit le rôle et la place des organisations de l’économie sociale. L’assurance maladie de base des salariés, l’assurance vieillesse de base et complémentaire, et l’assurance chômage des salariés du secteur privé ont été confiées à des organismes pilotés par les partenaires sociaux et fortement encadrés par les pouvoirs publics. Un encadrement désormais incarné par le vote, chaque année, d’une loi de financement de la Sécurité sociale. Les aides sociales et les aides au logement sont gérées de manière identique. Au final, l’économie sociale a vu son rôle réduit à la gestion de l’assurance maladie des fonctionnaires et des enseignants, et à la prise en charge de l’assurance maladie complémentaire, à travers les mutuelles de santé, elles-mêmes placées en concurrence avec les instituts de prévoyance (gérés paritairement) et les assureurs (de statut capitaliste).
Quant aux associations caritatives, leur rôle s’est trouvé également réduit, le plein-emploi et la montée des systèmes de retraite par répartition ayant permis de diminuer progressivement la pauvreté. Pour autant, le secteur privé à but non lucratif, essentiellement sous forme associative, a continué à jouer un rôle essentiel dans le domaine hospitalier, ainsi que dans la montée de l’offre de travail social.
A partir des années 1970, différents facteurs se conjuguent pour modifier la donne : la montée continue de l’offre comme de la demande de soins de santé, les effets de l’allongement de l’espérance de vie sur le système de retraite et l’incapacité de nos sociétés à gérer de manière solidaire l’impact du ralentissement de la croissance font naître de nouveaux besoins sociaux auxquels l’économie sociale va répondre. La montée constante des dépenses de soins ouvre ainsi un espace croissant aux mutuelles, conduites à répondre à la demande, même si le mouvement mutualiste plaide en faveur d’une rationalisation de l’offre médicale et d’un haut niveau de socialisation des dépenses. En matière de retraite, les inquiétudes des cadres et des professions intermédiaires sur l’avenir de leurs régimes suscitent un essor constant de l’assurance-vie, marché sur lequel les assureurs mutualistes ont su tirer brillamment leur épingle du jeu, accompagnant ainsi paradoxalement une évolution qui affaiblit la protection sociale obligatoire et solidaire. Enfin, la montée de la pauvreté, au-delà des dispositifs publics d’assistance mis en œuvre (revenu minimum d’insertion, puis revenu de solidarité active), a ouvert un nouvel espace à l’économie sociale, des Restos du cœur au Secours catholique, en passant par les entreprises d’insertion*.
L’économie sociale et solidaire, confrontée à des besoins sociaux naissants, a ainsi contribué à développer de nouvelles approches, moins stigmatisantes, dans la prise en charge des exclus de la société salariale. Elle a su également jouer le rôle d’aiguillon des pouvoirs publics, comme l’illustre le travail du collectif Alerte, qui rassemble les principales associations de lutte contre les exclusions, les rapports toujours remarqués de la Fondation Abbé-Pierre sur le mal-logement, ou les initiatives de la FNMF* en matière de parcours de soins.
- 746 lectures

