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Richesse

Définition
par Patrick Viveret, philosophe
Source : Hors-série n°38 bis d'Alternatives Économiques : L'économie sociale de A à Z
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La richesse est un terme d’autant plus fort qu’il est polysémique et recouvre des réalités très diverses et en partie contradictoires. Son étymologie renvoie d’ailleurs à la même racine que la puissance (voir le mot Reich en allemand), où l’on retrouve l’ambivalence entre puissance créatrice et puissance dominatrice. Entre la richesse matérielle que certains groupes sociaux peuvent s’accaparer et la richesse culturelle qui ne se développe que dans la création partagée, on retrouve ces différences. On le constate facilement en examinant l’écart qui sépare la réponse à deux questions : qu’est ce qui compte (dans nos vies) ? Et qu’est ce que l’on compte ?
En réalité, les modes de définition et de comptabilisation de la richesse résultent de conventions qui doivent être débattues dans l’espace démocratique afin de juger de leur pertinence. Cette exigence s’applique prioritairement aujourd’hui à la comptabilité nationale et à son principal agrégat qui détermine le taux de croissance, le produit intérieur brut (PIB) ou son petit frère le produit national brut (PNB).
Créée après la Seconde Guerre mondiale dans un contexte où il s’agissait de valoriser les richesses industrielles en vue de favoriser la reconstruction, cette approche est très insuffisante et souvent contreproductive pour prendre en compte des enjeux écologiques et humains qui ne se traduisent pas forcément en flux monétaires. C’est ainsi que des catastrophes et des accidents contribuent positivement au PIB puisqu’ils génèrent des valeurs ajoutées monétaires liées aux activités de remplacement, de réparation, d’indemnisation ou de dépollution. Inversement, des activités aussi utiles socialement et écologiquement que le bénévolat* ou le travail domestique ne sont pas considérées comme créatrices de richesse parce qu’elles ne s’expriment pas en termes monétaires.
L’économie sociale et solidaire a toujours lutté, dès son origine, pour d’autres formes de création de richesse que celle de l’entreprise capitaliste, à travers les formes coopératives, mutualistes et associatives. Elle participe aujourd’hui comme hier au combat pour une plus juste répartition de la richesse. Mais il s’agit aussi de lutter contre une inégalité première en amont de la répartition de richesse qui est l’inégalité de nomination et de comptabilisation de la richesse. C’est ainsi que nombre d’acteurs de ces secteurs sont engagés dans la promotion de nouveaux modes d’évaluation de la richesse. Cela peut être des outils comme le bilan sociétal*, qui prend en compte la dimension écologique et sociale de l’activité de l’entreprise. Il s’agit, sur une échelle plus large, qui peut être internationale, continentale, nationale ou locale, de la promotion de nouveaux indicateurs de richesse. Les plus connus au niveau international sont les indicateurs de développement humain (IDH) du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), l’indicateur de progrès véritable ou l’indice de santé sociale. En France, la région Nord-Pas-de-Calais a entrepris d’appliquer à l’échelle régionale l’approche des IDH. De son côté, le Réseau d’alerte sur les inégalités a entrepris la production annuelle du BIP 40, baromètre des inégalités et de la pauvreté, sur le modèle de l’indice de santé sociale. Lors des forums sociaux mondiaux, des ateliers et des séminaires sont régulièrement consacrés à cette approche renouvelée de la richesse et de la monnaie (voir « Monnaie sociale »). En France, le collectif Nouvelles richesses, qui rassemble nombre de mouvements d’éducation populaire et de lutte contre l’exclusion, a lancé un appel pour une nouvelle approche de la richesse et organise régulièrement des rencontres, des séminaires ou des actions publiques sur ces thèmes.


Pour aller plus loin : www.caracoleando.org