Saint-Simon (Claude, et non le duc qui a décrit la vie de cour à la fin du règne de Louis XIV) a laissé dans l’histoire le souvenir d’un chantre de l’industrie, « source unique de toutes les richesses », exaltant le travail et s’intéressant à l’organisation économique de la société. En 1819, il publiait une parabole où, comparant les effets de la disparition des mille plus grands hommes politiques, juristes, militaires, religieux… et des mille plus grands savants, ingénieurs, artisans ou agriculteurs, il concluait à l’inutilité des premiers au regard de l’importance des seconds, ce qui lui valut d’être condamné. Dans Du système industriel (1821), il plaide pour que « l’administration des choses se substitue au gouvernement des hommes », une expression que Friedrich Engels reprendra ultérieurement dans son Anti-Dühring, paru en 1878 (dont d’importants passages ont été en fait rédigés par Marx).
Saint-Simon meurt pauvre et méconnu, mais ses disciples, principalement Barthélemy-Prosper Enfantin, un polytechnicien, et Hippolyte Carnot, futur ministre de l’Instruction publique de la IIe République, popularisèrent son œuvre. En insistant notamment sur le fait que la propriété privée des moyens de production est à bannir, à la fois parce qu’elle engendre l’exploitation et parce que, du fait de l’héritage, elle privilégie les hasards de la naissance et non la compétence. Dans un texte de 1829 (Doctrine de Saint-Simon. Exposition), les saint-simoniens demandent « que tous les instruments du travail, les terres et les capitaux qui forment aujourd’hui le fonds morcelé des propriétés particulières soient réunis en un fonds social, et que ce fonds soit exploité par association ». Comprenons « association de travailleurs », c’est-à-dire, en langage contemporain, coopérative ouvrière de production*.
Les saint-simoniens étaient favorables aux coopératives* non pas pour régler la question sociale, mais parce qu’ils pensaient que cette forme d’organisation était plus efficace, en incitant chaque travailleur à donner le meilleur de lui-même. Aussi, très vite, les hommes influencés par cette analyse firent passer la fin (la croissance industrielle) avant les moyens (la constitution de coopératives). Certes, Philippe Buchez*, le fondateur de la première coopérative ouvrière française, fut saint-simonien, mais Michel Chevalier, les frères Pereire ou Ferdinand de Lesseps, saint-simoniens qui jouèrent un rôle important dans l’économie française dans les années 1850-1860, se gardèrent bien de reprendre cette idée coopérative.
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