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Socialisme

Définition
par Jean-François Draperi, Recma, et Philippe Frémeaux
Source : Hors-série n°38 bis d'Alternatives Économiques : L'économie sociale de A à Z
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Même si elle n’a pas une couleur politique et une seule, l’économie sociale est née avec le mouvement socialiste. Les associationnistes* de 1848 étaient en effet les premiers socialistes. Ce mouvement fut décapité par les 26 000 arrestations et les 15 000 condamnations auxquelles procéda l’Empire au lendemain du coup d’Etat du 2 décembre 1851. Lorsque les mouvements coopératif et mutualiste se relèvent, au moment où l’Empire devient libéral sur le plan économique, ils sont marginalisés au sein de la première Internationale ouvrière par les tenants de la conception marxiste de la lutte des classes. Celle-ci conduit le prolétariat à privilégier la lutte pour la prise du pouvoir politique, alors que les partisans de l’économie sociale, proches tantôt des proudhoniens*, tantôt des anarchistes, préconisent le changement immédiat et partiel par la création d’entreprises démocratiques.
A la fin du XIXe siècle, la majorité du mouvement socialiste considère les coopératives au mieux comme inutiles, et plus généralement comme néfastes au prolétariat, à l’image de Jules Guesde. Une partie du mouvement socialiste a toutefois toujours défendu la coopération, autour de Benoît Malon concernant la coopération de production, puis autour de Jean Jaurès* pour la coopération de consommation. Entre les deux guerres, le puissant mouvement des coopératives de consommation* était lui-même dominé par des militants socialistes. Néanmoins, l’économie sociale a toujours souffert d’une image réformiste négative aux yeux des socialistes, toutes tendances confondues, jusqu’à l’effondrement de la Russie soviétique. Tous les théoriciens et idéologues de l’économie sociale ont en effet revendiqué, dès le milieu du XIXe siècle, l’unité de la démarche et de la fin : une société plus juste et pacifique ne pouvait naître de la domination d’une classe sur une autre, quelle que fût cette classe. Ils déniaient également tout recours à la violence révolutionnaire.
Dans Les socialistes français et le mythe révolutionnaire, publié en 1998, Jacques Moreau explique que le mouvement socialiste est partagé, dès la fin du XIXe siècle, entre, d’une part, une identité militante forgée dans le mythe de la révolution et la rupture avec le capitalisme et, d’autre part, une identité politique s’appuyant sur des pratiques réformistes de changement social et s’articulant nécessairement avec le capitalisme. Cette double identité était, montre-t-il, nécessaire pour réussir à mobiliser et prétendre gouverner. C’est cette dualité qui s’efface aujourd’hui avec le recul de la croyance dans les vertus du tout-Etat et de l’efficacité de la révolution. Dès lors, l’économie sociale retrouve son actualité et sa pertinence.
Au-delà du mouvement socialiste lui-même, les évolutions qui touchent l’Etat moderne et la social-démocratie – la décentralisation, la gouvernance* démocratique, la délégation de services publics à des associations, les politiques territoriales, le souci de susciter des formes de développement allant « de bas en haut » – témoignent du rapprochement entre l’économie sociale et l’intérêt général dont le mouvement socialiste s’est toujours revendiqué. Tout se passe comme si, face à l’inachèvement de la démocratie politique soulignée par Pierre Rosanvallon dans La démocratie inachevée, publié en 2000, la démocratie* de la société civile* reprenait sens et vigueur à travers une économie sociale elle-même revivifiée. Certes, la rencontre entre l’économie sociale et le mouvement socialiste ne s’est pas encore vraiment réalisée, mais aucun obstacle structurel, ni politique, ni idéologique ne s’y oppose désormais.