La solidarité est une des valeurs fondatrices de l’économie sociale. A la différence du contrat de société ou d’assurance, qui réunit des personnes qui trouvent un intérêt à se regrouper pour mieux servir leurs stricts intérêts individuels, le lien qui s’établit entre les associés* d’une coopérative ou les sociétaires* d’une mutuelle intègre la conviction partagée que la satisfaction de l’intérêt de chacun passe par le bien-être de tous. Les structures de l’économie sociale ont ainsi vocation à réunir des individus non pas étrangers les uns aux autres, mais des membres qui partagent le sentiment d’appartenir à une collectivité (professionnelle, territoriale ou autre) et qui acceptent en conséquence des devoirs mutuels.
C’est pourquoi l’économie sociale a longtemps défendu, notamment au sein des mutuelles de santé*, le principe de cotisations* proportionnelles aux salaires plutôt que forfaitaires ou liées au risque supposé de l’assuré, ce qui la différencie des assureurs capitalistes, qui proposent certes à leurs clients de partager un risque, mais en versant des primes calculées en fonction de leur exposition à celui-ci.
Ces formes de solidarité redistributive sont aujourd’hui menacées par l’évolution du contexte législatif qui met en concurrence frontale les organisations de l’économie sociale avec les assureurs privés. La menace résulte aussi du fait que les individus se libèrent peu à peu des contraintes liées aux vieilles communautés de région, de religion, de classe, ce qui suscite des comportements plus consuméristes et individualistes.
L’économie sociale n’est cependant pas condamnée à s’aligner sur le comportement des organisations privées. En effet, ses conditions d’activité spécifiques lui permettent de dégager une « compétitivité économique et sociale » supérieure. Le coût de recrutement des sociétaires des mutuelles, par exemple, est souvent réduit, parce qu’il s’appuie sur des réseaux militants. L’absence d’actionnaires à rémunérer est aussi un puissant facteur de diminution des coûts. Il permet un meilleur service au client (complétude des contrats, présomption de confiance mutuelle entre mutuelle et sociétaire dans la gestion des sinistres, etc.). A défaut d’être à même de résoudre les problèmes posés à nos sociétés par la montée des inégalités et du chômage, l’économie sociale peut utiliser ses marges financières pour offrir à ses membres une meilleure prise en charge des risques de la vie, au moment où la demande sociale de protection et de services collectifs s’étend à de nouveaux domaines et où l’Etat et les régimes obligatoires peinent à y répondre.
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