Les liens entre le syndicalisme et l’économie sociale remontent au XIXe siècle. Dans le paysage actuel, ces liens demeurent dans certains cas évidents. Le syndicalisme enseignant a su ainsi créer, tout au long de son histoire, de nombreuses instances de solidarité (MGEN, Maif*…) et de multiples « réseaux de gestion du quotidien », pour reprendre l’expression de l’historien Guy Brucy. Ailleurs, d’autres organisations comme certaines unions régionales (UR) syndicales ont établi des liens étroits et durables avec divers secteurs de l’économie solidaire*. C’est le cas, notamment, de l’UR-CFDT de Bretagne.
Pourtant, en général, l’héritage des origines est aujourd’hui peu présent, et ce pour plusieurs raisons. Dans l’entre-deux-guerres, l’action syndicale tend à une centralisation accrue. Le syndicalisme de métier issu du XIXe siècle et souvent fondé sur des liens de proximité immédiate s’efface progressivement face au syndicalisme d’industrie (ou interprofessionnel). L’adhésion des syndicats à l’idée de planification ou la création du premier Conseil national économique réunissant employeurs et syndicalistes pour se prononcer sur les projets et l’application de lois sociales contribuent également à conforter la tendance à une centralisation accrue. En parallèle, il en est de même des revendications concernant la nationalisation de secteurs importants de l’économie.
Ainsi, ces initiatives ont très tôt conduit à l’institutionnalisation du syndicalisme à un niveau de plus en plus global, mais aussi de plus en plus étranger aux réseaux de l’économie sociale qui interviennent souvent à des niveaux très localisés et en fonction de rapports de proximité et de solidarité immédiats.
Après 1945, la tendance s’amplifie. L’institutionnalisation initiale du syndicalisme se renforce, notamment grâce au lien particulier qui caractérisait alors les syndicats français face au « politique », à l’Etat et au droit.
Sur un plan plus prosaïque, l’attitude de certains militants syndicaux à l’égard de beaucoup d’associations fut durant longtemps une attitude de méfiance, voire de défiance. Souvent considérées comme des facteurs d’intégration à l’économie de marché, ces dernières étaient en outre suspectées d’alimenter certaines formes atypiques d’emplois : temps partiel, semi-bénévolat, etc., du moins aux yeux des militants les plus intransigeants.
Depuis peu, les rapports des syndicats à l’économie sociale semblent se transformer. Diverses initiatives ont été prises : la CGT a ainsi organisé son premier colloque sur l’économie sociale en novembre 2005. L’économie sociale peut-elle constituer une alternative à une économie de marché souvent dérégulée ? C’est peut-être l’une des questions qui traversera demain, avec plus de force, le syndicalisme en France.
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