Comme groupements de personnes*, les organisations de l’économie sociale sont particulièrement ancrées sur leurs territoires, vus à la fois comme espaces d’identité et de relations sociopolitiques. Toutefois, elles n’en épousent pas forcément la sectorisation politique et administrative.
Elles s’inscrivent dans l’histoire territoriale (ainsi, l’économie sociale n’est pas la même à Besançon et à Mulhouse, à Firminy et à Grenoble…), mais elles peuvent également en infléchir l’évolution. En mobilisant des acteurs et des financements locaux, elles développent des activités qui accroissent les ressources locales, notamment dans les services à la personne* (action sociale, aide à domicile, culture, sport…), aux entreprises (entreprises individuelles ou petites et moyennes entreprises) et à la collectivité (cadre de vie, environnement…). De ce fait, elles se structurent et se développent de façon sectorielle, et sont plus ou moins soutenues par les collectivités publiques qui reconnaissent leurs capacités à mettre en œuvre ou à prolonger leurs politiques.
Mais au-delà de cette fonction ressource, les organisations de l’économie sociale et solidaire sont interpellées dans le cadre de la décentralisation pour devenir de véritables interlocuteurs, partenaires, donc acteurs du développement local. Leur association aux contrats de pays, aux comités de développement… témoigne de leur rôle sur les territoires en recomposition. Il s’agit alors de passer d’une approche purement sectorielle, autour du couple activité/public, à une approche plus transversale autour d’une vision d’ensemble du territoire. Ainsi se sont renforcés, voire élargis, les chambres régionales de l’économie sociale* (et solidaire) et leurs partenariats avec les instances régionales (préfectures de région qui accueillent le plus souvent les correspondants de la Diieses*, conseils régionaux qui mettent en place des services, programmes et financements consacrés à l’économie sociale, conseils économiques et sociaux qui émettent des avis la concernant). Les compétences régionales en termes de développement économique, de formation professionnelle, etc. rejoignent les préoccupations de structuration et de développement des activités, de création et de professionnalisation des emplois de l’économie sociale.
De plus, à un niveau infrarégional, commencent à apparaître des comités territoriaux de l’économie sociale qui réunissent les différents acteurs autour d’une réflexion sur le développement du territoire. Cette convergence devrait conduire à accroître la transversalité des approches et des actions, ce qui peut encourager la mutualisation territoriale (comme les plateformes de services et de financement, les groupements d’employeurs, les Scic*…) au-delà de la mutualisation sectorielle, voire de la mise en concurrence.
Un nouveau territoire investi par l’économie sociale et solidaire depuis les années 1980 est le niveau européen. Des regroupements sectoriels, statutaires et transversaux (tel Social Economy Europe*), des rassemblements (telles les conférences européennes de l’économie sociale) tentent de mobiliser les acteurs face aux instances européennes, plus axées sur la promotion de la concurrence, pour faire reconnaître les spécificités de l’économie sociale et solidaire et l’importance de la coopération pour la cohésion sociale. Au-delà de leur ancrage local, régional et national, ces organisations doivent affronter le défi de promouvoir publiquement leurs objectifs et leurs modes de fonctionnement à un niveau supranational, afin de construire une Europe* plus démocratique et solidaire. L’affirmation de l’économie sociale participe ainsi à la reconnaissance d’une économie plurielle, dont les moteurs sont plus diversifiés que la seule recherche du profit maximum.
Au niveau international, les contacts se multiplient. D’une part, au sein du Ciriec*, dont l’intérêt pour l’économie publique s’enrichit de l’apport de l’économie sociale, et, d’autre part, dans un nouveau réseau Nord-Sud, le Réseau intercontinental pour la promotion de l’économie sociale solidaire (Ripess), qui, à la suite des conférences de Lima en 1997 puis de Québec en 2001, a organisé une conférence internationale à Dakar en novembre 2005 marquant l’affirmation et l’importance de cette approche économique qui a pour but de formaliser des solidarités économiques informelles dans les pays africains.
Pour en savoir plus : « Economie sociale et développement local », Les Cahiers de l’économie sociale n° 3, 2004.
- 2692 lectures

